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Retour prudent de la confiance

Cette semaine a marqué une nouvelle étape dans la restauration progressive de la confiance dont la hausse des marchés a été la démonstration.

La première raison, indispensable pour que le processus de reprise puisse se dérouler, est l’absence de rechute, de seconde vague de la pandémie dans les pays en déconfinement depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois comme la Chine.

Ce fait permet le redressement des indicateurs allemands (ZEW, IFO), américain (Conference Board, Université du Michigan) et français (INSEE) ou leur recul dans des proportions bien moindres qu’attendu.

En Europe, la proposition de la Commission Européenne, qui reste à être négociée et approuvée par les états, est une étape très importante, par son montant (750MMM contre 500 attendus) et plus encore parce qu’elle porte les espoirs d’une plus forte intégration et d’une solidarité fiscale et budgétaire.

Nous commençons par des données brutes sur le déconfinement collectées par Dennis Jose (Exane BNPP).

Europe

Trafic urbain : France -19% vs -80% pendant le confinement ; Italie -26% vs -83%. Retour à la normale dans les pays ayant déconfiné en premier Allemagne, Autriche, Suisse, etc…

Péages autoroutiers : Espagne -65% vs -88%, France -50% vs -84% et Italie -54% vs -81%.

Commerce : Italie en hausse sur un an, Allemagne circulation dans les centres commerciaux à -44% vs -88%, progrès au Royaume-Uni mais recul encore de 70%.

Réservations AirBnB : reprise généralisée, plus forte dans les pays ayant déconfiné en premier.

Transports aériens et Hôtellerie : voyages & loisirs -81% vs -97% et hôtellerie -81% vs -95%.

Consommation d’énergie : 0+ dans les pays ayant levé les restrictions les premiers, jusqu’à -11% dans ceux qui l’ont fait les derniers.

États-Unis

Trafic urbain : +9% vs -47%.

Immobilier résidentiel : crédits hypothécaires +7% vs -35%.

E.Commerce : croissance forte Y/Y.

Restaurants : -36% vs -67%.

Transports aériens et hôtellerie : voyages loisirs -54% vs -85,7% et hôtellerie -54% vs -94%.

Consommation d’énergie : -10%Y/Y, chiffre étonnant.

Chine

Automobiles : ventes au plus haut depuis 3 ans.

Logements : ventes au plus haut depuis 3 ans.

Trafic urbain : au-dessus du niveau de l’an dernier.

Métro : Shanghai -18%, Guangzhou -30% et Pékin -38%, le creux pour ces trois villes était à -95%.

Pollution de l’air : retour au niveau de 2019.

Consommation d’énergie en hausse sur un an.

Production industrielle en hausse sur un an.

Avec l’aide de Mme Merkel et de M Macron, la Commission Européenne a brisé un tabou, chose impensable il y a deux semaines seulement, celui des transferts fiscaux entre les pays européens, portant les espoirs d’une plus forte intégration suite à la crise.

Cette proposition servira de base de négociation entre les chefs d’état ces prochaines semaines alors que les 4 pays frugaux, s’ils restent frileux, semblent accepter l’idée d’un compromis comme le montre leur contre proposition.

La bonne réception des documents présentés par la présidente de la commission, Ursula von der Leyden a provoqué un rebond de l’€ face au $, une contraction des spreads entre les taux souverains allemands et ceux des pays périphériques, et une hausse des marchés actions.

Mme Merkel ayant indiqué qu’il était peu probable qu’un accord soit trouvé dès le sommet européen des 18/19 juin, nous reviendrons sur son contenu une fois que celui-ci sera définitif. Ceci d’autant que les dons et prêts qui le composeront ne seront disponibles qu’au début 2021.

Ce dernier point est important. Comme le note Bruno Cavalier (Oddo), pour stabiliser le cycle, il vaut mieux avoir deux moyens d’intervention, monétaire et budgétaire. L’Europe était ainsi faite que les politiques budgétaires étaient décentralisées et par suite non coordonnées et sous optimales ; Il n’y avait pas de stabilisation budgétaire à l’échelon de l’Europe. Dans les situations d’urgence, tout ou presque reposait sur la BCE, l’Europe marchait sur une seule jambe. Cette fois-ci il semble que la crise ait obligé à revoir comment organiser le policy-mix, même si cette revue ne se matérialisera que dans 8 mois.

Depuis fin mars le montant des achats de la BCE s’est élevé à 212MMM€ au titre du PEPP (Pandemic Emergency Purchase Programme) et à 301MMM€ si on ajoute les autres programmes. Même si les situations ne sont pas identiques, notons que les achats de titres par la Fed ont été environ 5 fois plus importants sur la même période. Une augmentation de l’enveloppe du PEPP a té discuté lors de la réunion de la BCE du 30 avril, et il y a tout lieu de penser qu’elle sera décidée à la réunion du 4 juin où elle pourrait être doublée. De l’avis général des officiels de la BCE, le PEPP est l’instrument le plus efficace pour répondre aux tensions de marché car il offre plus de flexibilité que tous les autres. Lors de la même réunion du 4 juin, la BCE devrait également publier ses nouvelles prévisions de croissance 2020 et 2021 par pays, qui accentueront vraisemblablement les divergences par rapport à ses dernières réunions.

Le 27 mai, l’INSEE a présenté un point de conjoncture française très détaillé, mais, compte tenu du contexte, l’INSEE met en garde car la photographie est un peu plus floue qu’à l’accoutumée.

Une reprise assez nette bien qu’encore partielle de l’activité économique française, et un rebond ponctuellement bien plus vif de la consommation des ménages se dégagent.

En effet, l’activité économique repart, prudemment mais nettement, dans la plupart des grands secteurs : industrie, construction, services. La perte d’activité liée à la crise sanitaire ne serait désormais plus que de l’ordre de 21% (vs 33% début mai). Autrement dit l’économie française fonctionnerait à 4/5ème environ de son niveau d’avant crise vs 2/3 pendant le confinement.

Parallèlement, pendant la 1ère semaine de déconfinement, le rebond attendu de la consommation des ménages s’est concrétisé, peut-être d’ailleurs plus vivement en France qu’en Italie ou en Espagne. L’INSEE estime que cette semaine là, la consommation n’aurait été « que » de 6% inférieure à son niveau d’avant crise vs -32% début mai. Ce vif rebond s’explique logiquement par la réouverture le 11 mai d’une grande part des commerces et activités fermés pendant le confinement. Une partie de ce rebond est ponctuelle, correspondant à des achats qui avaient dû être reportés. C’est pourquoi son ampleur ne permet pas de déduire ce que sera le « régime permanent » de la consommation pendant les prochaines semaines.

En faisant l’hypothèse qu’au mois de juin l’économie française comble 1/3 de l’écart qui la sépare encore de son niveau d’avant crise, le PIB trimestriel pourrait diminuer d’environ 20% au T2 après -5,3% au T1, un chiffre vertigineux mais à la hauteur de ce qui s’est passé ces derniers mois dans le monde. Même si l’activité économique revenait intégralement à son niveau d’avant crise dès le mois de juillet, le PIB français diminuerait de 8% en 2020, or un retour aussi rapide semble peu réaliste. L’impact global de la crise sanitaire sera donc certainement supérieur à ce chiffre, car la reprise économique, en France et dans le monde, restera au mieux progressive au S2.

Chiffres contradictoires aux États-Unis cette semaine.

Pour l’immobilier résidentiel et au mois d’avril, les ventes de logements neufs ont progressé de 0,6% à 623K, bien au-dessus du consensus de 480K alors que les ventes de logements existants ont plongé de 21,8% contre des attentes à -17,3%. Cette forte divergence est sans doute due au fait que les promoteurs ont su et pu utiliser les outils technologiques digitaux et organiser des visites virtuelles de leurs programmes, ce qui a été plus difficile pour les agents immobiliers confinés qui ne pouvaient visiter et mettre en valeur les biens.

La forte hausse des demandes de crédits hypothécaires est rassurant pour le secteur, comme le bond des recherches de logement sur Google, bien au-dessus de son niveau près virus.

Légère hausse de la confiance des consommateurs mesurée par le Conference Board (86,6 vs 85,7), due à la composante perspectives (+2,6pts). La chute de la confiance ces derniers mois représente 60% de celle de 2008/2009 alors que le marché du travail a été beaucoup plus sévèrement touché. Sans doute d’une part parce que les ménages pensent que la pandémie sera vite passée et d’autre part parce que les chèques reçus par les ménages et la prolongation des indemnités chômage rassurent, pour le moment, sur les conséquences financières du désastre sanitaire ;

Le Bureau of Economic Analysis relève une chute de 13,6ù des dépenses de consommation en avril après un recul de 7,6ù en mars . L’effondrement a concerné tant les biens durables -17,3%, non durables -16,2% que les services, 70% de la consommation, à -12,2% après -9,3% en mars.

Le revenu disponible a progressé de 12,9%, reflétant une hausse spectaculaire des transferts aux ménages par le CARES Act (2,6MMM$) et une baisse des taxes (0,4MMM$) qui ont plus que compensé la chute des salaires (0,9MMM$). Mai devrait afficher la même tendance.

En conséquence le taux d’épargne a atteint le niveau record de 33% ; Cette donnée fait penser aux économistes que les ménages américains n’étant pas épargnants par nature, la consommation rebondira très fortement en sortie de confinement.

Amélioration au niveau des flux, toutes les classes d’actif enregistrant une collecte. S’il y a encore des rachats sur les actions européennes, se sont les plus faibles depuis 6 semaines.

Forte hausse des marchés sur la semaine :S&P500 +3,0%, Nasdaq +0,7%, Stoxx600 +3,0%, EuroStoxx50 +5,0%, CAC40 +5,6%, DAX30 +4,6%, Nikkei225 +7,3% et Shanghai SE +1,4% avec le Bund en hausse de +4,16bps à -0,45% et le 10 ans US de +0,1bp à 0,66% ; L’€ s’apprécie face au $ de +1,84% à 1,11.

L’optimisme du marché a profité aux secteurs cycliques ayant perdu du terrain comme les Banques +6,6%, l’Automobile +5,8% ou les Voyages & Loisirs +5,5% alors que la Santé est le seul secteur ayant une performance négative -0,8%.

Nos fonds, s’ils n’ont pas pris 100% de la hausse, l’ont très largement engrangée et gardent de belles avances. Sur FCP Mon PEA, nouvelle étape dans la sensibilisation du portefeuille avec l’achat d’Arcelor Mittal. Hugo pour Erasmus Small Cap Euro vend Bilendi et MGI Digital et continue ses achats en LPKF Laser.

Bonne semaine à tous,

Jean-François GILLES

Président du Directoire d’Erasmus Gestion

Lire le point bourse de la semaine dernière : https://www.tanguyfinances.fr/premieres-lueurs-despoir/

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