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Point Bourse Hebdomadaire du 19 novembre 2018 : Les conséquences d’un ralentissement chinois

Peu de publications la semaine passée ce qui nous permet de développer l’analyse de l’économie chinoise face aux décisions commerciales américaines et les conséquences qui en découlent pour la Chine en particulier mais aussi pour la croissance des autres zones.

Le recul des marchés de la semaine est un simple rappel qu’après les mid term élections américaines, les fondamentaux économiques n’ont pas changé. Aussi, rebond technique d’ici la fin de l’année, nous l’espérons, mais une reprise dynamique est aujourd’hui prématurée.

 L’analyse de la situation de l’économie chinoise et de ses répercutions sur les autres zones est largement inspirée d’une étude de Mickey Levy (Berenberg) intitulée « China’s Slowdown Has Significant  Global Effects ».

  1. La croissance chinoise ralentit et l’objectif de croissance défini par les autorités, 6,5%, semble désormais irréaliste. Elle reste robuste et rien n’indique un fort ralentissement mais sa croissance potentielle ne va pas continuer à 3 fois la vitesse de celle des pays développés. Si la productivité a fortement progressé, le coût du travail davantage encore ce qui réduit ses avantages compétitifs.
  2. Pour maintenir une forte croissance potentielle, les autorités favorisent sa réorientation vers la consommation domestique et les services, mais son principal moteur est encore le commerce international. La réponse aux défis de 2018 a été plus de stimulus fiscal et un crédit et des liquidités plus abondantes. Les résultats de ces réponses sur l’économie ne sont pas encore visibles.
  3. La Chine est le 1er pays en termes de commerce international et pour beaucoup de pays un partenaire clef de leur croissance. Les exportations représentent 18% du PIB chinois et la Chine pèse pour 12% du commerce mondial.
  4. La Chine est particulièrement importante pour les économies asiatiques et beaucoup de pays émergents qui lui fournissent la sous traitance et les matières premières dont elle a besoin. Ses principaux fournisseurs sont Corée du Sud, Japon, Taïwan, États-Unis, Allemagne, Australie, Brésil, Malaisie, Vietnam et Thaïlande. Cette liste suffit à comprendre quels seraient les pays qui souffriraient le plus d’un ralentissement chinois. Ses principaux clients sont les États-Unis, Hong-Kong, Japon, Corée du Sud, Vietnam, Allemagne, Inde, Pays-Bas, Grande-Bretagne et Le déficit américain, à 278 milliards $, est, de loin, le plus important, et la plupart des pays asiatiques ont la Chine comme 1er partenaire commercial, le Brésil y est très exposé comme l’Allemagne. Par ailleurs la plupart des pays développés exportent beaucoup vers les pays émergents.
  5. Une croissance chinoise plus modérée aurait un impact significatif sur l’Asie, le commerce mondial et la croissance. Pour l’Europe, qui traverse ses propres difficultés, ce ralentissement viendrait à un mauvais moment, par contre le fort momentum de croissance actuel des États-Unis amortirait un ralentissement chinois.
  6. A aujourd’hui, exportations et importations chinoises n’ont pas ralenti et la demande domestique à peine, sauf automobile (-12%), mais peut-être est-ce en anticipation des taxes à venir ?
  7. L’Allemagne et le Japon semblent déjà touchés par une chute des commandes à l’exportation et le dernier ISM américain marque un 2nd mois consécutif de ralentissement de ces mêmes commandes comme le PMI italien. A suivre sur les mois à venir.
  8. Le yuan s’affaiblit à mesure du ralentissement et de la perception que plus de stimulus monétaire sera nécessaire pour soutenir l’activité. Cependant cette dépréciation du yuan est probablement involontaire car elle renchérit beaucoup les importations dont la Chine a un besoin vital.
  9. Si un accord commercial États-Unis/Chine est très souhaitable, on voit que la situation actuelle affecte beaucoup plus la Chine : elle devrait donc faire des concessions.
  10. Un ralentissement chinois significatif et prolongé permettrait aux États-Unis de conserver quelques années de plus leur leadership économique mondial.

Tout ce raisonnement amène à une nécessaire prudence sur le rebond de la croissance en 2019 : celui-ci sera dépendant de dossiers intra-européens : Brexit, budget italien, mais aussi de l’évolution de la croissance chinoise et en second tour de celle des pays émergents.

Mauvais chiffres allemands cette semaine avec un recul du PIB de -0,2% au T3 qui amène la croissance à +1,1% sur un an. C’est le 1er recul depuis le T1 2015. Le T4 devrait être meilleur mais la croissance 2018 sera bien plus faible qu’anticipé.

Le bureau d’études ZEW (Zentrum für Europaïsche Wirtschaftforschung) de Manheim a publié pour novembre des chiffres en recul. La situation actuelle, à 70,1, reste à un niveau élevé mais en retrait de 5,9 pts, les perspectives à 6 mois sont nettement négatives, -24,7, et en retrait de 14,1 pts. Pour la zone euro, les changements sont moins brutaux et la situation actuelle progresse même de 0,3 pt à 32,0, mais les perspectives à 6 mois sont aussi négatives à -19,4 et en retrait de -12,2 pts. De tous les grands pays européens, ce sont les perspectives allemandes qui se dégradent le plus alors que c’est la situation actuelle de l’Allemagne qui est la meilleure. Est-ce du pessimisme lié à la situation politique intérieure dégradée ou au poids des exportations dans l’économie en cette période d’incertitudes ?

Aux États-Unis, les indicateurs anticipés régionaux envoient en ce début novembre des signaux contrastés. Le Philly Fed  Manufacturing recule de 9,3 pts à 12,9 mais l’Empire State Manufacturing progresse de 2,2 pts à 23,3. Les détails des sous indices sur les conditions actuelles sont cependant meilleurs que les indices phares.

Les perspectives sont également contrastées avec un recul de 6,6 pts à 27,2 pour le Philly Fed et une hausse de 4,6 pts à 33,6 pour l’Empire State.

Pris ensemble, les détails des deux indicateurs suggèrent une expansion qui reste à un niveau robuste mais l’affaiblissement des perspectives depuis 15 mois semble indiquer une modération à venir de l’investissement.

Les ventes au détail restent solides, à +0,8% m/m en octobre et +5% sur un an. Au T3, les secteurs les plus porteurs sont Non store (internet) -3,21%, Electronic +1,57%, General marchandise +1,56%, Matériaux de Construction +1,23% et mobilier +0,77% ; sont à la traine Articles de Sport -1,4%, Habillement -0,71%, Department Stores -0,42%, Restaurants -0,42% et Auto +0,10%.

Les marchés européens ont terminé la semaine en baisse, pénalisé par la crise politique au Royaume-Uni, les incertitudes entourant le budget italien 2019, le recul du pétrole ainsi qu’une contraction de l’activité allemande.

Sur la semaine le CAC40 recule de 1,6% et l’EuroStoxx50 de 1,58%. Le secteur des Technologies affiche la pire performance (-3,9%) à cause d’AMS (-32,1%) qui chute après l’abaissement des prévisions financières le Lumentum, fournisseur d’Apple et de Simcorp (-18,2%) sur des résultats décevants. La Distribution (-3,8%)et les Produits domestiques (-3,2%) sont très affectés aussi.

Le secteur Télécommunications (+1,5%) affiche la meilleure performance grâce à la publication de Vodafone (+6,6%) en ligne avec les attentes et à ceux d’Iliad (+9,6%) qui affiche un revenu T3 de 492 millions €, soit +2,1% grâce à un effet mix favorable de par le switch du forfait à 2€ en forfaits à 8,99€ ou 19,99€, la conquête en Italie est également meilleure que prévu, les Médias (+0,3%) suivis de l’Agro-Alimentaire font aussi mieux que les indices.

En Europe sur le Stoxx600 le consensus des prévisions bénéficiaires JCF/FactSet attend une croissance annuelle de +5,6% pour 2018 et de +9,7% pour 2019. Aux États-Unis pour le S&P500 la croissance annuelle 2018 est attendue à +18,9% et à +7,3% pour 2019 ; 2019 est maintenant révisé en baisse tant en Europe qu’aux États-Unis.

 Jean-François GILLES

Président du Directoire d’Erasmus Gestion

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