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L’Europe en accélération

Après un léger recul de l’activité après la vague hivernale de la pandémie, l’économie de l’Eurozone rebondit à grande vitesse.

Cette semaine, tous les indicateurs publiés, celui de la Commission Européenne, l’indice allemand du climat des affaires IFO, l’indice de la Banque Nationale de Belgique (BNB) sur le climat des affaires et l’enquête de mai de l’INSEE pour la France convergent dans la description détaillée d’une accélération de la croissance.

Celle-ci arrive un an après celle intervenue en Chine, 6 mois après celle des États-Unis, mais plus de doutes, elle est maintenant au rendez-vous avec ses conséquences sur la croissance et l’emploi mais aussi sur les résultats des entreprises et l’inflation.

L’Economic Sentiment Indicator (ESI) de la Commission Européenne a continué en mai son vif rebond, affichant 114,5 après 110,5 en avril. Il dépasse largement les attentes des économistes, est au plus haut depuis janvier 2018 et pas très loin de son plus haut historique en décembre 2017.

Les détails de l’enquête montre que cette amélioration est générale, elle concerne tous les secteurs et tous les pays, en particulier l’Italie qui affiche la plus vive reprise. Le sentiment s’améliore dans l’industrie, le commerce et les services aussi bien que chez les consommateurs.

A partir de ces données, il est possible que l’Eurozone retrouve son niveau d’activité pré pandémie d ès le T4 2021 plutôt qu’au T1 2022.

Ceci en dépit du fait que l’enquête témoigne d’une augmentation des situations de pénurie. Les stocks de produits finis sont tombés à leur  plus bas niveau depuis le début de la série en 1985 et les pénuries de certains produits intermédiaires commencent à freiner les perspectives de production. De même, ces pénuries poussent à la hausse des prix de ventes des industriels permises aussi par la hausse de la demande.

Pour l’Allemagne, l’IFO Business Climate Index pour mai passe de 96,6 en avril à 99,2 (consensus 98,2) et amène l’indice à son meilleur niveau depuis 2 ans. Cette progression vient tant de la situation actuelle, 95,7 vs 94,2, que des perspectives, 102,9 vs 99,2 ; et de tous les secteurs, services 13,7 vs 3,5, industrie 25,7 vs 25,1, commerce -3,4 vs -14,8 et construction 2,8 vs 0,7.

Des goulots d’étranglement logistiques et la hausse des matières premières créent des difficultés pour les secteurs manufacturier et construction. 40% des entreprises de construction déclarent avoir des problèmes d’approvisionnement mais aussi pouvoir passer des hausses de prix auprès des clients.

Pendant longtemps l’indice du climat des affaires BNB (Banque Nationale de Belgique) était largement utilisé en Europe, il passait pour être un excellent indicateur et notre ami Patrick Leguil en avait fait une de ses références. Il a gardé toutes ses qualités même s’il est aujourd’hui un peu dans l’oubli : en effet la Belgique, lieu de transit de bon nombre de matériaux et de produits semi-finis de l’Eurozone est un bon indicateur de son activité globale en dépit de la modeste dimension de son économie. Voici donc l’évolution du BNB depuis le début de l’année : janvier -7,5, février -4,4, mars -1,0, avril *4,4 et mai +6,5. Ces chiffres parlent.

En mai, l’indicateur de climat des affaires en France de l’INSEE progresse fortement. A 108, il gagne 12 pts et repasse largement au-dessus de sa moyenne de longue période (100) pour la 1ère fois depuis février 2020 et se situe même à un niveau supérieur à celui d’avant la crise sanitaire (105). En lien avec l’allégement progressif des restrictions sanitaires en France et dans nombre de pays, ce mouvement suggère une forte progression de l’activité économique.

Dans le commerce de détail le climat des affaires gagne 17 pts, porté par la vigoureuse remontée du solde d’opinions sur les perspectives générales d’activité avec notamment la réouverture le 19 mai des magasin dits « non essentiels ».Dans le secteur des services, le climat gagne 15 pts. Il repasse bien au-dessus de sa moyenne du fait de la forte hausse de la plupart des soldes relatifs au futur proche. Dans l’hébergement-restauration en particulier, le rebond du climat des affaires est extrêmement vif porté par le calendrier des réouvertures graduelles.

Dans le commerce de détail, le climat des affaires, bimestriel, gagne 11 pts par rapport à mars, amplifiant la hausse entamée depuis le début de l’année.

Dans l’industrie, le climat des affaires gagne 3 pts du fait de la hausse des soldes d’opinion sur les perspectives de production et les carnets de commandes. Il surpasse davantage sa moyenne.

Enfin, dans le bâtiment, les soldes d’opinion relatifs aux perspectives à 3 mois sont en hausse, les carnets de commandes jugés bien remplis et les tensions sur l’appareil productif importantes.

Dans le même temps, le climat de l’emploi s’améliore nettement. Cette amélioration est principalement due à la hausse du solde d’opinions sur l’évolution prévue de l’emploi dans les 3 prochains mois dans les services.

Selon l’enquête mensuelle de l’INSEE auprès des ménages, en mai la confiance des ménages dans la situation économique progresse. Le solde d’opinion des ménages relatif à leur situation financière future gagne 3 pts et repasse au-dessus de sa moyenne de longue période. Le solde d’opinions relatif à leur situation personnelle passée demeure supérieur à sa moyenne.

La proportion des ménages estimant qu’il est opportun de faire des achats importants est stable et au-dessus de sa moyenne.

En mai, le solde d’opinion des ménages relatif à leur capacité d’épargne augmente de 4 pts pour leur épargne actuelle, 3 pts pour leur épargne future. Ces 2 soldes sont à leurs plus hauts historiques.

En revanche, la part des ménages estimant qu’il est opportun d’épargner recule de 3 pts après un plus haut historique le mois dernier.

En mai, la part des ménages qui considèrent que le niveau de vie en France va s’améliorer au cours des 12 prochains mois augmente de 10 pts et revient à sa moyenne et ceux qui considèrent que le niveau de vie en France s’est amélioré au cours des 12 derniers mois augmente un peu.

Les craintes des ménages concernant l’évolution du chômage baissent nettement en mai : 13 pts et le solde atteint son plus bas niveau depuis mars 2020.

En mai, les ménages estimant que les prix vont augmenter au cours des 12 prochains mois sont plus nombreux qu’en avril, ce solde gagne 6 pts.

Enfin, dernière bonne nouvelle, le plan de relance de l’Eurozone va pouvoir être lancé, les 27 ayant ratifié le texte qui permet à la Commission Européenne de lever et de distribuer les fonds. Ces derniers seront débloqués fin juillet, ce qui arrive à point nommé pour soutenir la croissance tout en réduisant la nécessité pour les états de faire appel aux marchés financiers.

De bonnes nouvelles aussi aux États-Unis.

Alors que Joe Biden avait déjà révisé à la baisse ses intentions à 1 700 MM$, la nouvelle proposition républicaine réservée pour les infrastructures constitue un  pas dans la bonne direction afin de valider un volet de relance supplémentaire ces prochains mois. Avec 928 MM$ (vs 568 précédemment), les républicains confirment des points de convergence importants à l’image des montants réservés aux routes, à l’accès à internet, aux aéroports ou encore à l’eau. D’ailleurs la validation au Sénat du décret sur l’innovation et la compétition 2021, à 68 voix contre 30, qui porte sur 250 MM$ (dont plus de 50 réservés au secteur national des semi-conducteurs) et qui vise explicitement à lutter contre la Chine, confirme la capacité à trouver des compromis budgétaires. Mais le véritable point d’achoppement reste inchangé : le financement et la hausse de la fiscalité.

Amélioration des chiffres de l’emploi US à confirmer la semaine prochaine avec les inscriptions hebdomadaires au chômage au plus bas depuis mars 2020 à 406k. Les chômeurs de longue durée, à 3,64M, ont vu leur nombre diminuer de 1704% depuis leur pic de février à 4,4 M.

Si les mesures des revenus des ménages sont difficiles à analyser ces mois-ci du fait du bruit causé par la distribution par le gouvernement de chèques de 1 400$ à la plupart des particuliers en mars 2021 et 1 200$ en avril 2020, la mesure du taux d’épargne est utile pour anticiper la consommation à venir. En avril, ce taux d’épargne est revenu à 14,9% vs 27,7 en mars, il reste le double de son niveau pré-pandémie et le stock d’épargne accumulée sur les comptes des ménages pulvérise ses records précédents.

Le coût de transport par container de biens de l’Europe vers l’Asie vient de dépasser pour la 1ère fois les 10 000$, soulignant les difficultés rencontrées par les importateurs et les exportateurs qui se battent avec les chaînes logistiques. Le Drewry World Container Index montre que le tarif pour un container de 40 pieds entre Shanghai et Rotterdam est à 10 174$, un bond de 485% sur un an. L’indice composite des 8 principales routes, à 6 257$ est en hausse de 293% sur un an et ces hausses de tarifs continuent avec l’accélération de la reprise. La raison en est la disponibilité insuffisante de containers de 20 et 40 pieds qui transportent l’essentiel du commerce international.

La semaine du 20-26 mai a vu l’Europe (+4,9MM$ un  plus haut de 19 semaines) et les États-Unis (+17,5MM$) continuer à susciter un grand appétit selon EPFR Global. Pour les actions européennes, dont la collecte est en accélération la collecte moyenne 4 semaines étant 30% supérieure à la moyenne 22 semaines, la France (+1,0MM$ plus haut de 18 semaines), les Pays-Bas (+500M$ plus haut de 18 semaines) et l’Espagne (+308M$ plus haut de 3 ans) se distinguent.

Notre réunion stratégie n’a pas apporté de changements à nos portefeuilles : un peu de trésorerie (environ 5%) et un équilibre entre entreprises cycliques d’une part et celles de croissance visible d’autre part, les défensives étant toujours très sous pondérées.

Semaine moyenne pour FCP Mon PEA qui dépasse cependant les  15% depuis le début de l’année, bonne pour Erasmus Mid Cap Euro, Léa comme Aymeric ayant cédé le bout de ligne Solutions 30 encore en portefeuille, semaine excellente pour Erasmus Small Cap Euro et Aymeric est revenu sur une entreprise qu’il connaît bien, Focus Home Interactive.

Révisions des consensus FactSet toujours à la hausse. Pour le Stoxx600 européen +2,7% sur un mois et +12,0% ytd pour 2021 qui portent la progression 2021 à +65,3% , +12,4% étant attendus pour 2022. Pour le S&P500 américain, les attentes sont à +42,1% pour 2021 et +9,7% pour 2022 avec toujours des révisions à la hausse pour les 2 années.

Jean-François GILLES

Président du directoire d’Erasmus Gestion

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