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Les banques centrales ont convaincu, pour le moment

Malgré le fait que les prix au mois de mai aient de nouveau réussi à surprendre à la hausse, les taux longs ont baissé sur la semaine.

Les membres de la Fed ont réussi à convaincre les investisseurs du caractère transitoire de cette séquence inflationniste : effet de base, prix des matières premières, tensions sur l’appareil productif et sur l’approvisionnement, réouverture de l’économie.

De même la BCE ne prend aucun risque avant l’été : statu quo et maintien des achats d’actifs à un niveau sensiblement élevé par rapport au début de l’année pour le trimestre à venir. Ceci malgré de fortes révisions à la hausse de ses prévisions de croissance et d’inflation pour les 2 prochaines années.

Dans ces conditions forts d’un soutien des banques centrales les marchés financiers ne peuvent que bien se tenir.

Pour spectaculaire qu’elle soit, à son plus haut niveau depuis 1991, l’inflation américaine totale à 5% vs 4,7% attendu et 4,2% en avril, comme l’inflation sous jacente à 3,8% vs 3,4% attendu et 3% en avril, n’a pas effrayé les investisseurs. Sa composition semble en effet confirmer les analyses de la Federal Reserve. Les voitures d’occasion et les billets d’avion représentent plus d’un tiers de la hausse sur le seul mois de mai dans un contexte de faible production de véhicules neufs du fait du manque de semi-conducteurs et de retour des américains dans les transports.

Tout l’enjeu porte donc sur l’ampleur et la date de la rechute. Le détail des statistiques de prix laisse penser que cette hausse s’essoufflera dans le courant de l’été sur fond de normalisation des effets de base mais également de l’offre et de la demande.

Pour la Fed, c’est surtout la question de l’emploi qui demeure centrale tant sur les autres critères les objectifs sont atteints (inflation, anticipations d’inflation, conditions financières, PIB à son niveau d’avant crise).

A cet égard, le rapport JOLTS (Job Openings and Labor Turnover Survey) est instructif. Les offres d’emplois ont progressé de 12% en un mois à 9,3 millions (vs 8,3) bien au-dessus du consensus (8,2) reflétant une offre robuste d’emplois aussi bien qu’une demande limitée de la part des chômeurs. A 6% de la population active le taux JOLTS est à un plus haut historique. On observe aussi dans le rapport un record dans les démissions : les salariés quittent leur emploi car ils en ont trouvé un mieux rémunéré.

Aujourd’hui, compte tenu des modifications que la pandémie a entraînées dans le monde du travail, il y a inadéquation entre l’offre et la demande de travail. Jerome Powell et la Fed tout comme Janet Yellen doivent donc accompagner le temps nécessaire l’adaptation de l’offre de travails des américains aux besoins nouveaux des entreprises. Le retour à l’emploi, en lien notamment avec la vaccination et la réduction des craintes sanitaires, alimentera l’accélération des créations d’emplois, mais plusieurs mois, voire trimestres seront nécessaires pour revenir au niveau pré-pandémie.

La BCE a laissé ses éléments de politique monétaire inchangés et réitéré son engagement de continuer les achats d’actifs à un rythme considérablement plus élevé au cours du prochain trimestre, ceci même si elle a noté une amélioration de la situation économique dans l’Eurozone, qualifiant les risques désormais comme équilibrés contre à la baisse précédemment.

Ses prévisions de PIB et d’inflation ont été revues à la hausse. Le PIB en Eurozone est attendu en hausse de ,5% au T2 et presque 3% au T3. Cela conduit à un PIB attendu à presque +4,6% en 2021 contre +4,0% précédemment et +4,7% en 2022 contre +4,1% précédemment. L’inflation est désormais attendue à un pic de 1,9% pour 2021, puis après ce bond elle devrait se normaliser à 1,5% en 2022 et 1,4% en 2023.

Ces prévisions amèneraient l’économie européenne à retrouver dès le T4 2021 son niveau pré-pandémie, et aujourd’hui les prévisions de la BCE amèneraient l’économie européenne au T4 2023 1,4% plus haut que ce qu’elle anticipait en mars : c’est dire si la reprise en cours est vigoureuse.

Cependant, et nous reprenons la conclusion de la dernière note de Bruno Cavalier (Oddo BHF) : « sur la question des achats d’actifs qui monopolise l’attention des marchés, la BCE peut s’en tirer par quelque formule ambiguë, histoire de ne heurter aucune des sensibilités au sein du conseil. Dans les prochains mois une question plus fondamentale va se poser. L’inflation dépassera alors le seuil de 2%. Ce dépassement n’en doutons pas sera instrumentaliser par certains pour réclamer une politique mois stimulante, au risque de faire oublier que depuis une bonne décennie, le véritable problème d’inflation en zone euro est sa faiblesse chronique et non pas sa sur réaction transitoire. Au moment de finaliser la revue de sa stratégie, la BCE ne peut pas manquer de se demander si elle n’a pas une responsabilité sérieuse dans cet échec. »

Révision du PIB du T1 de l’Eurozone à -0,3% au lieu de -0,6% mais qui, voir ci-dessus, correspond à la dernière phase de confinement avant le rebond attendu au T2 et T3.

Confirmation aussi de la hausse de 0,3% du taux de chômage au T1 mais nous savons déjà que l’emploi a commencé à se redresser au T2.

Flux de collecte toujours positifs selon EPFR Global, mais à un rythme moins vif cependant (+1,1 MM$ sur les fonds actions), avec des rachats sur les actions américaines (-1,8MM$) et de belles souscriptions sur l’Europe (+2,8MM$), l’Allemagne (+834M$) et la France (+698M$). Avec les Pays-Bas et l’Irlande les actions allemandes et françaises continuent d’être recherchées.

La prudence affichée par la BCE cette semaine milite pour des niveaux de valorisation durablement soutenus ; Notre analyse est que les prévisions de résultats resteront après le T2 révisées à la hausse en dépit des coûts des intrants car les couvertures en place permettront d’atténuer leur impact jusqu’au S2 2021. Pour 2022-2023 par contre il faudra compter sur un rebond marqué de l’activité et des volumes.

Belle semaine pour Erasmus Mid Cap Euro alors que nos autres fonds ont un peu de retard. Pour ce fonds Léa a vendu Biomérieux pour acheter l’allemand Demapharm Holding, fabricant de produits non brevetés, elle détient environ 950 autorisations de mise sur le marché pour plus de 250 principes actifs pharmaceutiques et compléments alimentaires, elle est principalement active en Allemagne, en Suisse et en Autriche. Mouvements aussi pour Aymeric sur Erasmus Small Cap Euro avec la vente d’ID Logistics et les achats de l’italien Portobello Spa qui gère un magasin de commerce électronique et des magasins de détail de produits électroniques ménagers, bricolage et entretien et de l’allemand Cewe Stiftung qui fournit des services de traitement de photos, photofinishing et impression en ligne.

Les consensus des prévisions bénéficiaires FactSet sur les Stoxx600 et S&P500 sont toujours révisés à la hausse. Le Stoxx600 de 8,9% sur 3 mois et 1,5% sur un mois pour 2021, 4% et 1% pour 2022, le S&P500 de 9,9% sur 3 mois et 1,0% sur un mois pour 2021  et 5,4% et 1% pour 2022. En Europe et sur le dernier mois, les secteurs les plus révisés à la hausse sont immobilier +7,1%, compagnies aériennes +6%, métaux +5,2%, matériaux de construction +44% et banques +3,6%.

Jean-François GILLES, Président du directoire d’Eramus Gestion

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