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Entre une amélioration des données économiques et le risque de diffusion de la pandémie

Californie, Texas, Floride, Brésil, Mexique, Inde et peut-être Chine : la pandémie Covid 19 n’est pas maîtrisée. Elle touche de nouvelles zones et menace de repartir là où le déconfinement a été trop rapide.

Face à cette crainte, les marchés prennent note d’un rebond de l’activité dans les premières semaines ou mois de déconfinement plus vif qu’attendu. Ceci concerne aussi bien la Chine que les États-Unis ou la France. Avec à la clé les premières révisions à la hausse des prévisions de croissance 2020 dans ces pays.

La mesure du risque de seconde vague reste centrale pour les marchés et il est hélas probable que nous n’aurons pas rapidement de visibilité sur ce point.

Par contre la semaine prochaine verra la publication des PMI pour le mois de juin et leur progression est attendue pour conforter la bonne tenue récente des bourses.

Depuis un mois les surprises positives touchant les données macro US sont à la hauteur des surprises négatives enregistrées un peu plus tôt. Cela montre combien les repères usuels ont disparu. Le sursaut des ventes au détail de 17,7% en mai est historique alors que le consensus était à +8,4% mais le collapsus qui l’a précédé l’était aussi. Au total, il est probable que le choc sur le PIB du T2 sera moins désastreux qu’on a pu le craindre un moment.

Ainsi Mickey Levy (Berenberg) relève ses attentes de PIB 2020 de -6,4% à -4,1%, les États-Unis retrouvant début 2022 leur niveau d’activité du T4 2019, soit plus rapidement qu’attendu. Relèvement aussi pour Michelle Meyer (Bank of America) de -8,1% à -5,7% pour 2020 mais à +3,4% vs +4% pour 2021.

La suite dépend en partie de la situation sanitaire. Le virus tend à refluer aux États-Unis mais de manière hétérogène selon les états. Sauf dans le nord-est, il progresse encore. Depuis un mois, à l’échelon national le nombre des décès baisse mais le nombre de nouveaux cas tend à stagner. L’évolution est différente selon les régions. Il y a accélération dans plusieurs états du sud (Texas, Floride, Arizona) où l’intensité de l’épidémie était faible jusqu’à présent alors qu’il y a une forte baisse dans le nord-est (surtout New York et New Jersey qui avaient pris des mesures plus strictes de confinement). Ces états du sud sont souvent dirigés par des Républicains moins enclins à prendre des mesures pouvant restreindre la liberté de mouvement. Vu la taille des États-Unis, une hétérogénéité est inévitable.

Les autres publications économiques de la semaine vont toutes dans le même sens :

  • Mises en chantier +4,3% m/m et demandes de permis de construire +14,4% m/m.
  • Bond de +21 pts du National Association of Home Builders (NAHB) Housing Market index qui signale une forte hausse de l’immobilier résidentiel dans les prochains trimestres.
  • Confirmation de la bonne santé du secteur par les demandes de crédits hypothécaires qui sont sorties à un plus haut de 11,5 ans cette semaine, bien au-dessus du niveau pré Covid 19.
  • Faible ralentissement (-58k) à 1 510k des inscriptions hebdomadaires au chômage.
  • Hausse de la production industrielle de 1,4% m/m en mai. La reprise de la production industrielle est freinée par le recul des activités minières (-6,8%), tirées vers le bas par le fort déclin de l’activité pétrolière (-36,9%) à un plus bas historique depuis 1972. Lors de la sortie de la crise de 2008-2010, le recul des investissements pétroliers avait ralenti sérieusement la croissance.
  • Fort rebond des indicateurs régionaux d’activité. Pour la région de New York l’Empire State manufacturing index, qui passe de -48,5 à -0,20 alors qu’il était attendu à -30,0. 36,1% des industriels signalent une croissance de leur activité contre 7% en avril, et 36,3% continuent d’enregistrer un recul d’activité. Le Philly Fed (Fed de Philadelphie) connaît un rebond encore plus spectaculaire passant de -43,1 à +27,5 alors qu’il était attendu à -25,0 !

Il semblerait qu’en Europe aussi le rebond de la consommation soit très vigoureux.

L’INSEE estime ainsi qu’en avril la consommation des ménages en France était inférieure de 31% à son niveau normal et en mai de 14%. Cela signifierait un rebond m/m de 24ù en mai, soit bien supérieur au rebond déjà surprenant de la consommation aux États-Unis.

Des chiffres espagnols envoient le même message : les dépenses par cartes bancaires étaient en recul de 60% y/y à la mi-avril et de 13% y/y au début du mois de juin.

Ces données amènent Capital Economics à indiquer que le risque sur ses prévisions de PIB pour l’Europe est désormais à la hausse.

Les changements sont en effet très rapides.

Jefferies relève ainsi que ses mesures de trafic sur le web pour les recherches de séjours sont passées en une semaine de 71% de la normale à 82%, pour les concessions automobiles elles sont 7% au-dessus de la normale et à +4% sur une semaine et pour les sites de ventes immobilières 26% au-dessus de la normale et à +21% sur une semaine.

Pour les 4 rands pays de l’Eurozone, Jefferies note que les recherches d’automobiles sont passées de -44% de la normale à mi-avril à +6% aujourd’hui, l’Allemagne et la France conduisant la reprise.

L’Allemagne, pour avoir moins confiné et déconfiné plus tôt, a une longueur d’avance mais la France comble son retard et l’activité devrait connaître une nouvelle accélération avec la réouverture des écoles la semaine prochaine.

Les données PMI qui seront publiées le 23 juin et l’IFO allemand du 24 juin devraient confirmer, après le ZEW sorti à 63,4 vs 51,0 et des attentes à 60,0, ce momentum positif chez les deux premières économies européennes.

Le nouveau TLTRO (Targeted Longer-Term Refinancing Operations) de la BCE, prêts de la banque centrale au taux de -1% aux banques pour financer leurs propres prêts au secteur privé a été un énorme succès. Les banques ont demandé 1 300 MMM€ et remboursé 548 MMM€. La demande nette est largement supérieure au cumul des trois TLTRO précédents. Les banques françaises ont été les plus demandeuses (41%), suivies des banques italiennes (19%), espagnoles (13%) et allemandes (12%).

Les prêts aux entreprises ont déjà accéléré fortement. Ceci reflète le fait que les TLTRO sont désormais moins chers que par le passé mais cela suggère aussi que les garanties gouvernementales des prêts aux entreprises ont eu le succès escompté et permis aux banques d’accorder plus largement des crédits.

En Chine, les investissements en infrastructures ont bondi le mois dernier et tiré la progression des investissements globaux et de la production industrielle. De même, l’activité des services est repartie à la hausse et suggère que l’activité globale a dépassé en mai pour la première fois son niveau pré Covid 19.

Depuis le début de l’année les investissements sont en contraction de 6,3%, ce qui implique qu’après une progression de 0,6% y/y en avril, celle-ci a été de 3,9% en mai grâce à la dynamique de la construction d’infrastructures (+11,6%y/y). La production industrielle en bénéficie à +4,4% vs +3,9% en avril et l’activité des services est revenue au-dessus de son niveau de 2019 grâce à l’immobilier et aux ventes automobiles.

La plupart des données haute fréquence (trafic, réservations, consommation d’énergie, etc.) suggère que cette reprise continue en juin.

Capital Economics en conséquence relève ses prévisions de croissance pour la Chine. Pour 2020, le consensus est à +1,6%, Capital Economics était à -2,0% et passe à +2,0%, pour 2021, consensus à+7,5% et Capital Economics passe de +12% à +10% et pour 2022 le consensus est à +5,3% et Capital Economics reste à +4,5%.

Les High Frequency Datas que nous suivons confirment une reprise plus rapide qu’escomptée : réservations hôtelières et fréquentation des bars et restaurants aux États-Unis, Apple Mobility pour le trafic automobile avec en tête les États-Unis, la France et l’Italie au-dessus des niveaux pré Covid, fortement même pour les États-Unis et la France mais avec Espagne et Grande-Bretagne encore à -20%, rebond aussi pour la circulation de poids lourds sur les autoroutes, progression continue en France et Italie alors que l’Allemagne est presque au niveau pré Covid, seule l’Espagne accuse un réel retard.

Beaucoup de commentateurs s’inquiètent des faibles résultats des entreprises cette année et en 2021. Selon notre analyse, il n’y a pas beaucoup de conclusions stratégiques à tirer de l’observation détaillée des chiffres de ces deux années car ils enregistrent le bruit considérable causé par la pandémie. La chute des résultats ces années-là est déjà prise en compte par les marchés comme les baisses des taux. La question plus déterminante aujourd’hui est de chercher qu’elles sont les entreprises qui peuvent avoir en 2022 des résultats supérieurs à ceux de 2019. Comme vous le savez nous ne croyons guère aux prévisions au-delà de 6 mois, analystes et gérants sont donc dans un exercice très périlleux.

Aussi plus modestement nous recherchons aujourd’hui les secteurs et entreprises qui devraient sortir renforcés de ce triste épisode et ceux et celles qui en sortiront affaiblis.

Sur la semaine les marchés clôturent en forte hausse : S&P +1,8%, Nasdaq +6,1%, Stoxx +3,2%, EuroStoxx +3,7%, CAC +2,9%, DAX +3,2%, Nikkei -0,8% et Shanghai SE +1,6% avec le Bund en hausse de 2,3bp à -0,42% et le 10 ans US à 0,69%, l’€ se déprécie de 0,58% face au $ à 1,117.

Le Stoxx 600 a clôturé la semaine en hausse de +3,2%, la publication des chiffres économiques (ventes au détail aux US et au UK) a rassuré les marchés quant à la reprise économique. En tête des hausses, la Technologie +5,6%, la Santé +5,3% et les Matériaux & Construction +4,7% alors que les secteurs cycliques sont à la traîne comme Matériaux de Base -1,1%, Automobile +0,3% et Banques +0,7%.

Signalons parmi les plus fortes hausses deux entreprises détenues dans nos portefeuilles : HelloFresh +15,3% (Erasmus Small Cap Euro) et Teamviewer AG +11,5% (Erasmus Mid Cap Euro. & Erasmus Small Cap Euro).

Bonne semaine pour nos fonds, en particulier Erasmus Small Cap Euro une fois de plus.

Hugo, qui reçoit beaucoup de souscriptions, a fait quelques mouvements dans le portefeuille de Small Cap : ventes de Chargeurs, Nordex SE et Séché Environnement et achats de Cembre Spa, fabricant italien de connecteurs électriques à compression et d’accessoires de câbles pour la construction et l’installation de panneaux, de câbles moyenne tension et autres applications, et de Revenio Group, entreprise finlandaise active dans le segment des technologies de la santé.

Bonne semaine à tous,

Jean-François GILLES

Président du Directoire d’Erasmus Gestion

Lire le point bourse de la semaine dernière : https://www.tanguyfinances.fr/retour-dincertitudes/

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