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Point Bourse Hebdomadaire du 29 octobre 2018 : Pas de répit

Au vif recul des marchés cette semaine encore, pour toutes les raisons précédemment évoquées (contentieux commercial, Brexit, Italie, émergents, etc..), deux motifs supplémentaires d’inquiétude viennent de s’ajouter. Le premier, macro, est l’accélération de la dégradation du climat économique, en particulier dans l’Eurozone. Le second, micro, est les publications des chiffres des entreprises pour le T3, aussi bien en Europe qu’aux Etats-Unis ; elles montrent que le climat économique global dégradé a des répercussions sur leur activité.

Dans ce contexte le compte rendu de la réunion de la BCE et la conférence de presse de Mario Draghi ont inquiété : l’optimisme des analyses sur la dégradation actuelle de la situation (conjoncturelle ?) semble ignorer la vitesse des évolutions négatives en cours. Souhaitons cependant que la BCE ait raison !

 Les dernières données PMI flash mettent en évidence la plus faible croissance de la zone euro depuis plus de 2 ans en octobre, le ralentissement économique engendré par la faiblesse des exportations continuant de s’étendre de l’industrie manufacturière au secteur des services. Les perspectives d’activité à 12 mois se replient à un plus bas de 4 ans et de 6 ans pour le manufacturier alors que les créations de postes ralentissent.

L’indice PMI IHS Markit pour l’Eurozone se replie de 54,1 en septembre à 52,7 en octobre au plus bas depuis septembre 2016.

Si l’affaiblissement de l’indice résulte principalement d’un ralentissement de l’industrie manufacturière, la croissance ralentit également dans le secteur des services.

Cet affaiblissement de la croissance s’accompagne d’un nouveau repli des perspectives d’activité à 12 mois. La confiance des entreprises affiche son plus faible niveau depuis novembre 2014, l’optimisme chutant dans l’industrie manufacturière (au plus bas depuis décembre 2012) mais également dans le secteur des services (plus bas depuis décembre 2014).

Le volume des nouvelles affaires enregistre sa plus faible expansion depuis août 2016, notamment à cause d’un très léger repli de commandes dans le secteur manufacturier, le 1er depuis novembre 2014, mais également d’une faible expansion des nouveaux contrats dans les services. Dans l’industrie, c’est le 1er recul des commandes à l’export depuis juin 2013 qui explique ce changement.

Portée par une légère accélération du travail en attente dans les services, la croissance des affaires en cours s’est renforcée en octobre mais les fabricants signalent une baisse de leurs arriérés de production pour le 2ème mois consécutif.

L’enquête signale une nouvelle croissance de l’emploi, le taux de création de postes affichant toutefois son 2ème plus faible niveau depuis un peu plus de 12 mois. La hausse des effectifs ralentit dans les deux secteurs étudiés, affichant un creux de 22 mois dans le manufacturier et de 3 mois dans les services.

La faiblesse actuelle de l’Eurozone se reflète également dans les indices des achats et les délais de livraisons des fournisseurs qui signalent une quasi stagnation de la demande ainsi qu’un allégement des pressions sur les chaînes d’approvisionnement et le plus faible allongement des délais de livraison de leurs fournisseurs depuis février 2017.

Les données par pays signalent un ralentissement particulièrement marqué de la croissance en Allemagne. L’économie allemande enregistre sa plus faible expansion depuis mai 2015, le manufacturier étant à un plus bas depuis près de 4 ans. Le volume des exportations se replie et la contraction est à son plus haut niveau depuis juin 2013. Dans l’industrie la confiance est au plus bas depuis près de 6 ans et depuis 3 ans dans les services.

En France, la hausse de l’activité accélère légèrement (54,3 vs 54) grâce au secteur des services (55,6 vs 54,8) alors que la production manufacturière diminue pour la 1ère fois depuis 17 mois (48,8 vs 50,3) tirée à la baisse par une accélération du rythme de contraction des nouvelles commandes à l’export.

Le taux de création de postes reste élevé, affichant son plus haut niveau depuis avril, l’accélération provenant des services. Malgré ce renforcement de la croissance et de l’emploi, les entreprises signalent une forte accumulation des affaires en cours. Enfin les perspectives d’activité à 12 mois restent bien orientées même si la confiance se replie très légèrement.

La croissance décélère également dans le reste de l’Eurozone et affiche son plus faible taux depuis novembre 2013, les perspectives d’activité des entreprises (hors noyau franco-allemand) sont en octobre les plus faibles depuis août 2013.

La France semble dons a priori mieux s’en tirer cet automne, sans doute grâce à ses spécialités sectorielles (aéronautique, luxe, services informatiques et aux entreprises). Il faut cependant se poser le question de savoir combien de temps cette singularité sera durable dans un monde qui ralentit. Selon Chris Williamson, chef économiste à IHS Markit «  le niveau de l’indice flash est pour l’heure synonyme d’une hausse du PIB de 0,3% au T4, les indicateurs prospectifs de l’enquête – nouvelles commandes et perspectives d’activité- venant renforcer les prévisions de ralentissement de la croissance au cours des prochains mois. »

L’IFO allemand publié le 25 octobre nous envoie le même message et tombe à 102,8 en octobre vs 103,7, les entreprises voient tant la situation actuelle que les perspectives se dégrader. La montée des incertitudes pèse sur l’économie allemande.

Aux États-Unis, l’IHS Markit flash US PMI rebondit à un plus haut de 3 mois (54,8 vs 53,9). C’est le secteur des services qui a tiré l’activité en octobre et il a plus que compensé le léger recul manufacturier. Le haut niveau d’activité a été soutenu par une forte hausse des nouvelles affaires et les répondants indiquent qu’elles reposent sur la progression des commandes domestiques.

Les affaires en attente s’accumulent compte tenu de la hausse des commandes, les créations de postes restent positivent comme les entreprises continuent d’accroître leurs capacités mais le manque de main d’œuvre amène la hausse de l’emploi à sa plus faible progression depuis juin 2017.

Le PIB du T3 est sorti à 3,5% annualisé, au-dessus des attentes (3,2%), et à 3% sur un an. Le PIB nominal, qui inclut l’inflation, passe à +5,5% sur un an après 5,4% au T2, les 2 meilleurs trimestres depuis 2006.

Il y a cependant l’apparition de quelques signes de faiblesse dans l’économie comme l’investissement qui ralentit à +0,8% et l’immobilier résidentiel qui se contracte de 4%, c’est son 3ème trimestre de recul.

Si les promesses de ventes de logements anciens ont affiché une hausse inattendue en septembre, elles baissent en rythme annuel pour le 9ème mois consécutif selon la NAR (National Association of Realtors). Les promesses de ventes sont considérées comme un indicateur avancé de l’évolution du marché immobilier puisqu’elles sont censées se transformer en ventes effectives un ou deux mois plus tard.

Par ailleurs les ventes de logements neufs sont tombées à leur plus bas niveau en près de 2 ans en septembre, signe qui montre que la hausse des taux d’intérêt et des prix pèse sur le marché du logement selon le département américain du Commerce. Il s’agit du rythme de vente le plus faible depuis décembre 2016, en recul de 13,2% sur un an.

L’immobilier est à la traîne de l’économie américaine en raison de la hausse des coûts d’emprunt et des prix, qui rendent les biens hors de portée pour beaucoup de primo accédants. Les crédits sur 30 ans sont à un taux de 4,85%, en hausse de 80 bp cette année, ils devraient encore augmenter avec les  resserrements monétaires projetés par la Fed.

Sur un an le prix médian des logements neufs a baissé de 9,5% à 320 000 $ (2580 594 €) et au rythme actuel de ventes il faudrait 7,1 mois pour écouler le stock de logements disponibles sur le marché, la période la plus longue depuis mars 2011.

Le Nikkei flash Japan Manufacturing PMI a progressé  (53,1 vs 52,5), grâce à la production, aux nouvelles commandes et à l’emploi. Les prix progressent, tant les prix des intrants que les prix de vente.

La faiblesse des publications économiques actuelles n’a pas empêché la BCE de maintenir ses perspectives d’action. Pour la BCE, si le momentum économique actuel est plus faible, les risques sont équilibrés entre la hausse et la baisse et il ne s’agit pas d’un ralentissement. C’est un avis que nous ne partageons pas.

Tant les statistiques publiées que les indicateurs avancés montrent que la croissance et les entreprises sont sérieusement affectées par la dégradation de l’environnement. Le sell-off des marchés en octobre est à la fois la conséquence de ces inquiétudes et aussi une cause supplémentaire de ralentissement, l’accumulation des risques va conduire à de nouveaux reports d’investissement et nous pensons qu’en décembre la BCE révisera à nouveau à la baisse ses prévisions de croissance pour 2018 et 2019.

Dans ce contexte d’aversion au risque, tous les secteurs ont terminé la semaine dans le rouge avec une surperformance des défensives sur les cycliques et les investisseurs se sont tournés vers les valeurs refuge, 10 ans US et allemand, or, yen et franc suisse.

Depuis le 20 septembre, le recul du MSCI US est de 6%, 8,4% pour les entreprises cycliques et 1,8% pour les défensives, MSCI World ex US -7,5% dont -8,3% pour les cycliques et -4,7% pour les défensives et pour le MSCI Emerging -5,8% dont -6,5% pour les cycliques et -2,6% pour les défensives (source Capital Economics). C’est ce qui se passe souvent dans les phases de ralentissement économique et c’est la crainte des investisseurs. Sur les 47 marchés nationaux composant le MSCI World, 5 ne sont pas en recul depuis le 20 septembre et seul le Brésil parmi ces 5 a une certaine taille (effet présidentielle).

Le secteur des Biens Personnels et Domestiques (+1,1%) affiche la meilleure performance sectorielle de la semaine sur le Stoxx600 avec la hausse de Bic (+12%), la Distribution est flat (0%) et l’Agro Alimentaire en recul modeste (-1,0%). A l’autre extrême la Technologie affiche la pire performance de la semaine (-4,8%) à cause d’AMS (-26,8%), d’Atos -23,1%) qui publie un warning et ST Micro (-12,7%) qui a annoncé des guidances sous les attentes pour le T4.

Jean-François GILLES

Président du Directoire d’Erasmus Gestion

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