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Point Bourse Hebdomadaire du 27 mai 2019 : Ré-escalade commerciale

Le conflit commercial américano-chinois connaît une nouvelle phase d’escalade. Des taxes plus élevées, à court terme, augmentent la hausse des prix mais leur impact négatif sur le sentiment de marché, le commerce mondial et les investissements auront davantage de conséquences. Et notamment celle d’effacer les points positifs qui apparaissent dans les publications économiques.

Il est difficile d’imaginer les conséquences à long terme de ce conflit commercial, mais elles pourraient être profondes.

Plutôt que de conclure un nouvel accord commercial, les négociations entre les États-Unis et la Chine connaissent une nouvelle escalade. La réaction des marchés pourrait amener le président Trump à reporter de nouvelles mesures mais la dernière vague de taxes va toucher une économie globale déjà fragilisée.

Le talent de Mr Trump est supposé être dans sa capacité à conclure de bons accords : il passe pour un fin négociateur qui met une pression extrême sur sa contrepartie, souvent à la dernière minute, de façon à obtenir les conditions les plus favorables dans la négociation. Ses discussions avec la Corée du Nord sont l’exemple d’un tel comportement, le président américain menaçant de mettre le pays « à feu et à sang » peu de temps avant le sommet avec Kim Jong-Un pour conclure un accord immédiatement après sa menace. On voit aujourd’hui que cet accord est vide de contenu !

Et ses taxes vont aussi affecter les États-Unis. Déjà deux effets sont visibles. D’une part les prix des biens importés impactés par ces taxes vont monter aux États-Unis, leur hausse sera amoindrie par la faiblesse du yuan mais il semble que les exportateurs chinois se refusent à baisser leurs marges. Même si les fabricants américains peuvent absorber une partie de ces coûts supplémentaires, les taxes pèseront sur les prix et le pouvoir d’achat. D’autre part le $ renforce sa position de devise refuge et attire des capitaux, accentuant le repli du yuan, ce qui affectera les profits des exportateurs américains, entreprises industrielles et technologiques.

Il y a là rien de bien nouveau : la hausse des taxes sur les produits de consommation a toujours eu un effet régressif qui affecte la demande finale et l’économie. Et l’incertitude en matière commerciale freinera les décisions d’investissement des entreprises.

Si l’année économique 2018 a été exceptionnelle pour les États-Unis, 2019, tout en restant à un bon niveau supérieur à celui observé en Europe, commence à une vitesse moindre. Ce ralentissement n’est aujourd’hui en rien alarmant, ce qui ne veut pas dire qu’il faille fermer les yeux et ne rien faire au risque de le voir s’amplifier.

L’IHS Markit Flash US PMI publié le 23 mai constitue à cet égard une nouvelle alerte. A 50,9 en mai, après 53,0 en avril, l’indice composite est à son niveau le plus faible depuis mai 2016.

La demande faiblit et les nouvelles commandes sont stables, à leur niveau le plus bas depuis le début de cette série en octobre 2009. En conséquence, les entreprises freinent les embauches car le travail en attente diminue et les carnets de commandes enregistrent leur premier recul depuis juin 2017.

L’optimisme à 12 mois des répondants tombe à son plus faible niveau depuis juillet 2012. Ce mois-ci, ce n’est pas simplement le secteur manufacturier qui est touché (50,6 vs 52,6 en avril, plus bas de 116 mois) mais aussi les services (50,9 vs 53,0, plus bas de 39 mois).

La croissance est restée morose en mai dans l’Eurozone, principalement à cause d’une stagnation de la demande. La faiblesse des ventes a incité les entreprises à limiter les projets d’expansion et l’emploi a enregistré sa plus faible croissance depuis 2016. Parallèlement, les perspectives d’activité se sont affaiblies, le taux de confiance affichant un creux de 4 ans et demi.

L’indice PMI Flash composite IHS Markit passe de 51,5 en avril à 51,6 et signale une croissance morose, très proche de celle du trimestre précédent.

L’expansion du volume des nouvelles affaires s’est affaiblie en mai, la croissance des ventes affichant un rythme marginal. Les nouvelles affaires à l’export enregistrent une 8ème baisse mensuelle consécutive.

La faiblesse des entrées de commandes s’est traduite par une nouvelle baisse du volume du travail en cours. La croissance quasi-nulle des nouvelles commandes ayant entraîné le développement de capacités excédentaires, les affaires en attente ont reculé pour la 5ème fois au cours des 6 derniers mois.

Le secteur manufacturier signale la conjoncture la plus défavorable avec un repli de la production pour le 4ème mois consécutif.

Dans le secteur des services en revanche, l’activité a continué d’augmenter en mai mais l’expansion a toutefois ralenti à son rythme le plus faible depuis janvier.

Les entreprises interrogées ont également revu à la baisse leurs prévisions de croissance à 12 mois et le degré de confiance en zone € s’est replié à son plus bas depuis octobre 2014. Ceci se reflète dans un recul des effectifs manufacturiers mais dans les services les embauches se sont poursuivies.

En Allemagne, la croissance économique s’est très légèrement renforcée, soutenue par un maintien de l’expansion dans les services et par un ralentissement de la contraction manufacturière. Le volume des nouvelles affaires a reculé en mai et la croissance de l’emploi s’est repliée à un creux d’un peu plus de 3 ans. Le secteur manufacturier allemand traverse actuellement une de ses phases de contraction les plus sévères depuis 2009, le fort repli des exportations ayant entraîné une accélération des suppressions de postes au cours du mois.

La croissance globale s’est également accélérée en France. Si elle atteint un pic de 6 mois, l’expansion reste peu soutenue et légèrement inférieure à celle de l’Eurozone. La hausse de l’activité des services s’est renforcée et la production des fabricants s’est stabilisée, ceci pourrait signaler la fin prochaine de la phase actuelle de contraction manufacturière. Cependant la confiance a reculé en mai dans les deux secteurs.

Dans le reste de l’Eurozone les données de mai signalent une croissance quasi-nulle de l’activité dans les deux secteurs.

Cependant, la confiance des consommateurs mesurée par la Commission Européenne a continué son redressement à -6,5 en mai vs -7,3 en avril, un plus haut de 7 mois. Le sentiment s’est un peu amélioré en Allemagne et en France, beaucoup en Espagne mais enregistre une forte dégradation en Italie.

L’IFO, indicateur allemand du climat des affaires de l’Université de Munich, a enregistré une nouvelle dégradation à 97,9 en mai vs 99,2 en avril. Si les perspectives restent stables à 95,3, la situation actuelle se dégrade à 100,6 vs 103,4. En termes sectoriels, le manufacturier reste faible (4,0 vs 4,1), forte dégradation des services (20,9 vs 26,4) et du commerce (5,4 vs 7,1), seule la construction  continue à bien se porter (24,4 vs 21,7) et bien au-dessus de son niveau de mai 2018 (20,4) ;

On l’a vu « Trump fait rudement tanguer le bateau » (Bruno Cavalier, Oddo) et sur la semaine tous les indices clôturent en baisse : S&P500 -1,1%, Nasdaq -2,2%, Stoxx600 -1,5%, EuroStoxx50 -2,2%, CAC40 -2,2%, Dax -1,9%, Nikkei225 -0,6% et Shanghaï SE -1%. Les taux longs baissent aussi avec le Bund à -0,117% et le 10 ans US à 2,32%.

Semaine de forte baisse pour la majorité des secteurs du Stoxx600. Les secteurs défensifs résistent, Santé +1,2% et Utilities +0,3% mais les cycliques trinquent Automobile -5,2% ou Distribution -3,7% subissant fortement le regain des tensions commerciales.

Les flux mesurés par EPFR Global continuent d’être très défavorables aux actions européennes qui enregistrent leur 61ème semaine de décollecte sur les 63 dernières !

Le consensus des prévisions bénéficiaires JCF/FactSet sur le Stoxx600 européenattend une croissance annuelle de 6,8 % pour 2019 et +9,2% pour 2020, pour le S&P500 américain 2019 est attendue à +3% et 2020 à +8,8%.

Jean-François GILLES

Président du Directoire d’Erasmus Gestion

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