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Point Bourse Hebdomadaire du 20 mai 2019 : Guerre commerciale

Après avoir tweeté dimanche 5 mai sa volonté de rehausser les droits de douane déjà en vigueur, Mr Trump a mis a exécution ses menaces le 10 mai et au début de cette semaine Pékin a logiquement annoncé des mesures de rétorsion sur 5140 produits américains. A la différence des vagues précédentes, où le consommateur américain était peu touché, cette prochaine vague devrait concerner des produits de grande consommation, produits agricoles, vêtements, appareils électroménagers, téléviseurs, matériels informatique ou téléphones…

La situation semble en effet se dégrader et le journal d’Etat chinois « Economic Daily » a indiqué que si les États-Unis ne faisaient aucune initiative prouvant leur sincérité, il serait inutile que les officiels américains se déplacent en Chine » et a ajouté  que « si certains pensent que la Chine bluffait, ce serait la plus grosse erreur de jugement depuis la guerre de Corée ».

Cette semaine donc, comme depuis 18 mois, les marchés ont été animés par les développements sur ce front commercial, pénalisant ainsi leur progression malgré de solides indicateurs macro économique et une actualité micro plutôt positive.

Même en temps normal gérer n’a jamais été simple mais nous sommes visiblement entrés dans une autre phase où il faut aussi prendre en compte l’irrationnel !

Eurostat a publié le 15 mai les chiffres préliminaires du PIB de l’Eurozone au T1 +0,4%. Cette croissance plus forte qu’attendu a été tirée par une nouvelle performance spectaculaire de l’Espagne +0,7%, une progression correcte en Allemagne +0,4% et en France +0,3% et le retour à la croissance de l’Italie +0,2%. L’emploi a également progressé de 0,3% au premier trimestre.

Cependant la production industrielle de la zone a enregistré un nouveau recul -0,3% en mars après -0,1% en février et +2% en janvier. Ce recul amène la production industrielle à un retrait sur un an de -0,6%. Il est largement provoqué par la production automobile qui recule de -9,7% sur un an.

La tendance aux États-Unis reste plus forte même si nous ne sommes plus dans le bleu horizon d’il y a un an.

La NFIB (National Federation of Independent Business) a publié son indicateur pour avril à 103,5 : il est au-dessus de 100 depuis décembre 2016 même s’il s’éloigne de ses plus hauts, autour de 108, touchés de mars à septembre 2018. Ce bon niveau repose sur une progression des stocks et des perspectives de profit ainsi que de solides créations d’emplois. Les perspectives de ventes, les conditions d’activité et l’accès au crédit sont jugés positivement. Même si l’enquête relève une tendance à l’augmentation des salaires, les pressions inflationnistes restent faibles. L’indice reflète une croissance consistante et durable et l’(absence de menace de récession.

L’Empire State Manufacturing, enquête de la Fed de New York sur l’activité dans la région, voit son indice rebondir à 17,8 en mai après 10,1 en avril. 36% des répondants observent une croissance de leur activité et 18% un recul. Dans cette enquête les perspectives à 6 mois retrouvent aussi de la vigueur (30,6 vs 12,4 en avril).

Aussi il semble qu’il ne faille pas accorder trop d’importance au recul (-0,2%) des ventes au détail en avril car elles font suite à un rebond surprenant +1,7% en mars. Sur un an les ventes au détail progressent de +3,1%.

Par contre le recul de la production industrielle (-0,5%) en avril amène son évolution sur un an à 0,7%, un plus bas de 26 mois. Le momentum de l’activité industrielle a sérieusement ralenti pour une série de motifs : faiblesse des échanges internationaux, ralentissement global, stocks excessifs, force du $ et bien sûr les taxes et tensions commerciales. Le manufacturier ne peut échapper à l’environnement mondial !

Un point positif cette semaine, le redressement de l’immobilier résidentiel.

Le moral des professionnels de la promotion immobilière aux États-Unis s’est amélioré plus nettement qu’attendu en mai selon la NAHB (National Association of Home Builders). Son indice du marché de l’immobilier résidentiel est remonté à 66 après 63 en avril. De même le jugement des promoteurs sur les perspectives de vente à un horizon de 6 mois a progressé à 72 vs 71.

Les mises en chantier d’avril (+5,7%) confirment ces données avec une remontée des maisons individuelles.

TS Lombard attire notre attention sur les enjeux pour la Chine des négociations en cours. La guerre commerciale avec les États-Unis représente le plus important challenge que Xi Jinping ait eu à affronter depuis son accession à la tête de l’Etat en 2012-2013.

Bien que ce soit son lieutenant Liu He qui mène les négociations, la structure du pouvoir s’est tellement centralisée au cours des 7 dernières années que le résultat aura un effet majeur sur son autorité. Et ceci pousse les chinois à limiter tout accord commercial à la libéralisation des échanges quant ils pensent que c’est leur intérêt et à limiter toutes concessions qui pourraient avoir un impact systémique, ralentir la modernisation technologique du pays et, et ce n’est pas la moindre raison, avoir un effet négatif sur l’opinion publique.

Il s’agit donc pour la Chine d’une confrontation politique et elle s’oppose à toute interférence étrangère dans son modèle économique. La connexion avec l’économie domestique signifie que la confrontation actuelle affecte les réformes domestiques en cours, les relations de la Chine avec le monde extérieur et son désir de diminuer sa dépendance aux échanges économiques trans-Pacifique. Plus le prix politique va sembler élevé à la Chine, plus ses concessions seront floues et limitées pour arriver à un accord : pas question de mise sous tutelle !

Sur la semaine les marchés clôturent en hausse en Europe : Stoxx600 +1,2%, EuroStoxx50 +1,9%, CAC40 +2,08% et DAX +1,49% et en  recul aux États-Unis et en Asie : S&P500-0,9%, Nasdaq -1,4%, Nikkei 225 -0,4% et Shanghai SE -1,9%. L’€ se déprécie face au $ de 0,75% à 1,115 et le baril de pétrole Brent progresse de 2,3%.

Dans le Stoxx600, les Télécommunications (-1,3%), le secteur Auto et Equipementiers (-1,2%) qui souffre particulièrement à cause des regains de tension commerciaux entre américains et chinois et les Banques (-0,9%) sont les perdants de la semaine. Les gagnants sont Pétrole & Gaz (+3,3%) grâce à l’augmentation du prix du baril causée par la tension près du détroit d’Ormuz entre Arabie Saoudite et Iran, Technologie (+3,1ù) et Chimie (+2,7%).

Le consensus des prévisions bénéficiaires JCF/FactSet sur le Stoxx600 européen attend pour 2019 une croissance annuelle de +6,7% et de +9,3% pour 2020. Pour le S&P500 américain, ce consensus attend une progression bénéficiaire de +3,6% pour 2019 et +8,9% pour 2020. Depuis un mois les révisions pour le Stoxx600 sont de -0,9% sur 2019 et -0,8% sur 2020, pour l’indice américain +0,4% sur 2019 et -0,1% sur 2020.

Jean-François GILLES

Président du Directoire d’Erasmus Gestion

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