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3 novembre et pandémie

Les résultats des élections américaines et leurs conséquences, la dégradation rapide de la situation sanitaire et la fermeture progressive de l’Europe sont désormais les deux moteurs des marchés.

Quels que soient les résultats des scrutins du 3 novembre, les investisseurs tablent de manière croissante sur un plan de relance massif auquel semble se rallier Donald Trump après les appels de la Fed en ce sens. C’est ce qui porte les taux d’intérêt de long terme américains (0,84%) ainsi que la réduction de l’appétit pour le $.

En Europe, sur le plan sanitaire la situation s’est fortement dégradée avec la hausse rapide des contaminations qui a conduit la quasi-totalité des gouvernements à mettre en place des restrictions plus fortes. A l’exception notable de l’Allemagne, les perspectives se dégradent rapidement ce qui devrait conduire la BCE à prendre de nouvelles décisions en décembre en matière d’achats d’actifs pour maintenir un environnement de taux bas et soutenir l’activité.

Plus que jamais le marché directeur est le marché américain. Les espoirs de relance au lendemain des élections continuent d’y porter les marchés et à soutenir aussi les indices européens.

L’activité de l’Eurozone est repartie à la baisse en octobre, l’accélération de la contraction des services, liée à la recrudescence de l’épidémie, a éclipsé le renforcement de la croissance manufacturière. L’Allemagne est le seul pays de la région à afficher une expansion, les performances de la France et du reste de la région s’étant à nouveau dégradées au cours du mois.

Si la baisse de l’emploi s’est affaiblie en octobre, les indicateurs prospectifs de l’enquête se sont en revanche détériorés : le volume global des nouvelles affaires est en effet reparti à la baisse tandis que les perspectives d’activités à 12 mois ont affiché leur plus faible niveau depuis mai.

L’indice PMI Flash Composite IHS Markit s’est replié pour le 3ème mois consécutif à 49,4 vs 50,4 en septembre, 1ère contraction de l’activité en Eurozone depuis juin.

L’enquête met en évidence les divergences croissantes entre les 2 secteurs. Dans le manufacturier la croissance de la production atteint son plus haut niveau depuis février 2018, portée par la plus forte expansion du volume des nouvelles commandes depuis janvier 2018. Dans les services en revanche, l’activité s’est repliée à son rythme le plus élevé depuis mai.

L’écart s’est également creusé entre les différents pays.

En Allemagne, les données PMI Flash signalent une croissance soutenue, affichant 54,5 vs 54,7 en septembre, c’est le 4ème mois consécutif de forte expansion. La hausse de la production manufacturière en octobre a été la 3ème plus forte enregistrée depuis le début de l’enquête en 1996, l’activité des services s’est en revanche repliée pour la 1ère fois depuis juin.

En France, l’activité recule pour un 2ème mois consécutif, l’indice PMI Flash s’établissant à 47,3 vs 48,5, avec une 2ème baisse mensuelle dans les services (46,5) et un nouvel affaiblissement manufacturier (51,0 vs 51,2 en septembre).

Dans le reste de la région, l’activité a diminué pour le 3ème mois consécutif, une forte hausse des volumes de production dans l’industrie a été largement éclipsée par l’accélération de la baisse dans les services.

Conformément à la tendance enregistrée depuis mars, l’emploi a reculé en octobre. Le taux de suppression de postes a toutefois continué de se replier pour afficher son plus faible niveau de ces huit derniers mois.

L’emploi a diminué dans les 2 secteurs étudiés, il a également reculé en Allemagne et en France ainsi que dans l’ensemble de la région même si le marché de l’emploi allemand montre certains signes de stabilisation.

Cette nouvelle baisse des effectifs s’explique en partie par l’existence de capacités excédentaires. La diminution du travail en cours s’est en effet poursuivie, exclusivement à cause d’une diminution des affaires en attente dans les services. Dans le manufacturier au contraire les répondants ont signalé la plus forte expansion de leurs arriérés de production depuis janvier 2018, menée par l’Allemagne.

L’enquête d’octobre de l’INSEE sur le climat des affaires en France reflète des résultats similaires. Les perspectives d’activité s’assombrissent et l’indicateur se replie de 2 points, à 90 il retrouve son niveau d’août, bien loin de sa moyenne (100). Le recul est marqué dans les services, en particulier hébergement-restauration alors que le repli est plus modéré dans l’industrie. Dans le commerce, le climat des affaires est stable. Les perspectives d’activité déclarées par les chefs d’entreprises du bâtiment se stabilisent également.

Le climat de l’emploi se dégrade, interrompant le redressement continu et soutenu observé depuis mai. A 89, il perd 3 points vs septembre et reste très en deçà de son niveau d’avant crise (au-dessus de 105).

Cette dégradation est due à la baisse des soldes d’opinion sur les effectifs prévus dans les secteurs tertiaires, services et commerce de détail.

Logiquement, la montée des cas d’infection au cours du mois affecte la confiance des consommateurs. Sa mesure par la Commission Européenne passe de -13,9 en septembre à -15,5, ce qui fait craindre un nouveau ralentissement de la consommation au T4, notamment en magasins.

Tout ce qui précède sur la croissance, plus des attentes très faibles sur l’inflation pour les 2 années à venir, doit permettre à la BCE de relever avec confiance le volume de son programme d’achats pour soutenir l’activité au cours de cette 2ème vague. Mme Christine Lagarde a d’ailleurs déclaré cette semaine que la résurgence de la pandémie crée un risque réel pour la reprise.

Nous attendons donc une extension du programme d’achats de la BCE à 2 000MM € en décembre et un nouveau geste en faveur des banques sur les TLTRO.

La situation européenne n’est pas la situation américaine. Là bas la reprise continue et l’IHS Markit Flash US Composite PMI est en octobre à un plus haut de 20 mois à 55,5 vs 54,3 en septembre. Là, la hausse repose davantage sur les services à 56 vs 54,6 en septembre que sur le manufacturier à 53,3 vs 53,2. Les entreprises continuent à embaucher mais toutefois à un rythme plus faible qu’au cours de l’été et la confiance des répondants continue son redressement, au plus haut depuis mai 2018, tirée par la demande des clients, la fin des incertitudes électorales et des restrictions liées à, la pandémie.

Comme depuis de nombreux mois et trimestres, le secteur immobilier résidentiel américain est en plein boom. En septembre, les mises en chantier ont progressé de 1,9% m/m et 11,1%y/y au rythme annuel de 1,34 million le plus élevé depuis 13 ans. Il en est de même pour les demandes de permis de construire, +5,2% m/m et +27% y/y, un plus haut de 13,5 ans, donnant un carnet de projets très élevé pour les prochains mois.

En Chine, le PIB du T3 est sorti en croissance de 4,9%, les données mensuelles montrent que le rythme est toujours en accélération à l’entrée du T4 et que la croissance repose moins sur les stimuli d’investissements publics. En Chine, où il n’y a pas de 2ème vague de la pandémie, tous les secteurs participent à la reprise et la « Golden Week » qui vient de se dérouler a montré que les activités de voyages, loisirs et hébergement sont aussi revenues au-dessus de leurs niveaux de l’an passé. Les voyages aériens intérieurs ont d’ailleurs établi de nouveaux records.

Il y a donc le contexte global d’une part, avec les 2 premières économies mondiales en croissance, et même croissance vigoureuse pour la Chine, et le contexte européen plus perturbé malheureusement par la pandémie.

Selon notre analyse, le mimétisme des marchés devrait être suffisant pour que, s’il y a rebond de Wall Street, les bourses européennes participent à une hausse de fin d’année. Toutefois le ralentissement de l’activité sur notre continent pèsera et il est probable que nous suivrons à distance. A distance, mais compte tenu des niveaux de l’inflation et des taux, le « return » sur quelques mois pour un investisseur européen pourrait être cependant très attractif.

Sur la semaine, les marchés clôturent en baisse : S&P -0,5%, Nasdaq -1,4%, Stoxx -1,4%, EuroStoxx -1,4%, CAC -0,5%, DAX -2,0%, Nikkei +0,5% et Shanghai SE -1,7% avec le Bund en hausse de +4,5 bp à -0,58% et le 10 ans US de 9,7 bp à 0,84%. L’€ s’apprécie face au $ de 1,35% à 1,186.

Nos fonds sont en léger retrait par rapport à leurs indices de référence cette semaine ayant été marquée par un modeste retour du style « value ». C’est d’ailleurs pour être plus en phase avec cette nouvelle étape du marché que nous avons pour FCP Mon PEA cédé Total pour acheter Arkema et Eiffage, idem pour Erasmus Mid Cap Euro pour lequel Aymeric a acheté ASMI, entreprise hollandaise spécialisée dans la conception, la production et la commercialisation d’équipements destinés aux fabricants de semi-conducteurs, et FFP, holding de la famille Peugeot.

Jean-François GILLES

Président du Directoire d’Erasmus Gestion

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