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Ne pas reproduire les erreurs du passé

Malgré une accélération encore vigoureuse des prix, les banques centrales des pays développés ne veulent pas prendre le risque de réitérer les erreurs du passé. Les investisseurs semblent tenir compte de manière croissante de ce constat ces dernières semaines, tant les taux longs peinent à retrouver une tendance haussière, y compris aux États-Unis où la situation est pourtant bien plus favorable.

Si la Fed reste prudente le temps de constater les améliorations qu’elle souhaite, elle devrait être en mesure d’entamer une réduction de ses achats d’actifs d’ici la fin de l’année.

Mentionnons aussi la vigilance de la Chine où les autorités prennent les mesures nécessaires pour tenter de limiter le risque de décrochage de la croissance dont le rythme ralentit peu à peu.

Confrontée depuis plus de 10 ans à une inflation inférieure à son objectif de 2%, la BCE a choisi une cible symétrique à moyen terme, ce qui lui offrira plus de souplesse dans la conduite de la politique monétaire et lui permettra de maintenir des conditions financières favorables plus longtemps. Ceci signifie qu’elle pourra donc accepter un dépassement de sa cible d’inflation et qu’elle ne réagira qu’avec retard à son redressement.

Pour l’heure cet objectif de 2% paraît lointain alors que la BCE anticipait 1,4% d’inflation en 2023 lors de sa réunion de juin. C’est cette faiblesse qui avait conduit les membres de la banque centrale à opter pour un maintien des achats d’actifs à un rythme plus élevé pendant encore un trimestre, la question d’en faire plus ayant même été posée. Le contexte économique et la nouvelle stratégie imposeront donc à la banque centrale le maintien d’une politique monétaire durablement plus accommodante. Mais en Eurozone il n’y a pas de dérapage d’inflation et le CPI vendredi est sorti à 1,9%, 0,9% pour l’inflation sous jacente.

Alors qu’une nouvelle fois l’inflation américaine aura réussi à surprendre les attentes en ressortant à 5,4% en juin vs 4,9% attendu et 5% en mai, l’inflation sous jacente suivant le même chemin à 4,5% vs 4% attendu. Les 6 derniers mois annualisés ressortent à 7,3% et 6,2%.

Un tiers de la hausse provient des voitures d’occasion, dans le sillage de la pénurie prolongée de semi-conducteurs et donc des voitures neuves, mouvement qui devrait se dissiper lorsque l’offre se sera normalisée et que la demande faiblira. Mais il y a également une accélération des hausses de prix sur de nombreux autres composants de l’indice. Les biens durables voient leurs prix en hausse de 14,6% sur un an et non-durables de 6,8%, l’habillement  de 4,9%. Le logement semble aussi avoir entamé une remontée des prix.

Le débat sur l’inflation aux États-Unis, temporaire ou durable, sera tranché par l’évolution de la demande, mais ce qui, serait bon pour l’économie, la sortie progressive de l’excédant d’épargne accumulé pendant la pandémie et sa consommation, serait bon pour la demande et donc mauvais pour les prix. La question de la rapidité du resserrement monétaire de la Fed est loin d’être résolue.

Ainsi l’indice des prix à la production, généralement précurseur de l’indice des prix à la consommation, est sorti en juin à 7,1% sur un an et le « core PPI » à 5,1%. Là aussi il y a une accélération largement répandue dans les diverses catégories et même si des goulots d’étranglement accentuent dans tel ou tel secteur les hausses de prix, leur principal facteur de hausse est la très forte progression de la demande dans une économie en surchauffe. La hausse des prix de production des biens de consommation courante est ainsi à 11,6% sur un an, et hors agro-alimentaire et énergie, la hausse est de 6,9%.

La dernière enquête de la NFIB (National Federation of Independant Businesses) montre que les petites entreprises augmentent et vont continuer d’augmenter leurs tarifs pour prendre en compte les goulots d’étranglement causés par es pénuries et le manque de main d’œuvre qualifiée.

Car la demande est vigoureuse. Selon le Census Bureau les ventes au détail ont progressé de 0,6% en juin sur un mois et de 1,3% hors véhicules à moteur, bien au-dessus des attentes. Les hausses les plus fortes, 2,3% en juin et 38% depuis décembre sont la restauration et les boissons, ce qui reflète l’impact puissant de la réouverture de l’économie.

Les données du PIB de la Chine au T2, publiées le 15 juillet, ont confirmé la perte de vitesse de l ‘activité économique. Après avoir bénéficié pleinement du rebond de la demande mondiale la production industrielle ralentit progressivement tout en restant à des niveaux supérieurs à ceux d’avant Covid.

Dans ce contexte les autorités ont choisi d’adopter une politique monétaire plus accommodante. La décision de la banque centrale de réduire les réserves obligatoires vise à interrompre le ralentissement du crédit qui risque de fragiliser l’investissement. Pour autant le gouvernement ne veut pas compromettre les efforts réalisés pour assainir le système financier et Li Keqiang a écarté toute relance massive. La croissance chinoise va donc revenir ces prochains trimestres vers la tendance d’avant crise.

Dans la semaine du 8 au 14 juillet, l’intérêt des investisseurs pour les actions, selon EPFR Global, n’a pas faibli avec une collecte de 18MM$. La région européenne est toujours bien traitée et elle collecte 2,5MM$. La collecte est positive depuis 27 semaines pour la France (collecte de 14,6MM$) et les Pays-Bas (8,2MM$) et depuis 29 semaines pour l’Allemagne (14,5MM$) ; 3% des AUM pour l’Allemagne et la France, 4% pour les Pays-Bas et 5% pour l’Italie.

Nous avons décidé de ne pas modifier notre stratégie de gestion au cours de la réunion de la semaine : nous sommes bien exposés mais nous cherchons et chercherons au cours de la période de publication à réduire les bêtas de nos portefeuilles.

Bonne semaine pour nos fonds, Erasmus Mid Cap Euro en particulier pour lequel Léa a acheté l’entreprise allemande de luxe Hugo Boss. Pas de mouvements sur FCP Mon PEA et Aymeric pour Erasmus Small Cap Euro a vendu Akwell et Portobello Spa.

Les révisions des consensus bénéficiaires FactSet sur le Stoxx600 s’accélèrent. La croissance annuelle attendue est de +71,5% pour 2021 et +10,7% pour 2022. Aux États-Unis pour le S&P500, les attentes sont à +43,5% pour 2021 et +9,1% pour 2022.

Jean-François GILLES, Président du directoire d’Eramus Gestion

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