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Point Bourse Hebdomadaire du 7 janvier 2019 : Espoir pour 2019 ?

Au cours des dernières semaines les réactions des marchés ont montré leur extrême sensibilité à quelques thèmes. L’espoir est revenu d’une trêve en matière de frictions commerciales entre les États-Unis et la Chine alors que ce sujet est considéré comme le risque principal pour la croissance mondiale. Le calendrier est serré et les prochaines semaines devraient nous apporter une réponse sur la solidité de cette trêve.

Jerome Powell a été le deuxième artisan de l’apaisement des marchés. Le repli récent de l’inflation va permettre à la Fed de patienter avant toute nouvelle hausse des taux tant et si bien que les futures anticipent une baisse des taux directeurs en 2019 ! Est-ce réaliste ?

Ces deux éléments montrent bien le rôle moteur que jouent les États-Unis pour les marches mondiaux.

En attendant d’y voir plus clair sur les éléments ci-dessus qui ont entraîné la tumultueuse embellie de ces dernières semaines, il ne faut pas oublier la réalité même si les marchés anticipent toujours. Et celle-ci continue de se dégrader comme nous le montrons ci-dessous.

C’est bien le signe de l’urgence qu’il y a à changer d’attitude.

 L’indice PMI Composite Final IHS Markit pour l’Eurozone continue de se rapprocher de la barre du 50 en décembre et se replie à 51,1 vs 52,7 en novembre. C’est la plus faible croissance de l’économie de la zone € depuis plus de 4 ans.

Cet essoufflement de la croissance reflète notamment le retour à la contraction observé en France où le mouvement des « gilets jaunes » a entraîné le 1er repli de l’activité depuis 2 ans et demi.

Le rythme de l’expansion a également ralenti dans le reste de la zone et en Allemagne l’activité a affiché sa plus faible hausse depuis 5 ans et demi.

L’évolution de l’activité est similaire dans le manufacturier et dans les services à un niveau modéré. Chez les fabricants les volumes augmentent à un rythme légèrement plus soutenu que le mois dernier. Plutôt qu’une amélioration de la demande, ce renforcement reflète une réduction des arriérés de production et une accumulation des stocks.

Le volume des nouvelles commandes reçues par les fabricants a en effet affiché sa plus forte diminution mensuelle depuis plus de 4 ans. Les nouveaux contrats n’ayant enregistré qu’une hausse modeste dans le secteur des services, le taux de croissance des nouvelles affaires s’est replié à son plus bas niveau depuis la fin 2014.

Voici les PMI Composite : Irlande 55,5, Espagne 53,4, Allemagne 51,6, Italie 50 et France 48,7.

L’emploi a cependant continué de progresser et les effectifs ont continué d’augmenter pour le 15ème mois consécutif, le taux de création de postes affichant un niveau élevé bien que fléchissant à son niveau le plus bas depuis le début 2017.

C’est de nouveau en Allemagne et en Irlande que la croissance de l’emploi a été la plus marquée mais pour la 1ère fois depuis janvier 2015 la hausse des effectifs s’est traduite par une diminution du travail en attente.

Enfin l’incertitude économique actuelle, Brexit et commerce international notamment, ont pesé sur la confiance des entreprises qui se replie à son plus bas niveau depuis octobre 2014, les entreprises allemandes étant plus particulièrement affectées.

Selon Chris Williamson, chef économiste à IHS Markit, l’enquête signale une hausse du PIB de 0,3% au T4 mais de 0,15% en décembre.

La publication de l’inflation pour décembre le 4 janvier laisse penser que la BCE attendra bien davantage que ce qui était prévu récemment pour relever ses taux directeurs. L’inflation recule de 2,2% en octobre à 1,9% en novembre et 1,6% en décembre et s’éloigne de son objectif. L’inflation cœur en est plus loin encore à 1%, stable sur un an. Tout indique, faiblesse des économies, chute du prix du baril de pétrole, que l’inflation reculera au S1. Mario Draghi doit être mal à l’aise avec les prévisions de la BCE.

 Aux États-Unis les publications restent contradictoires, mais plus en ce qui concerne l’activité où l’ISM et le PMI convergent.

L’ISM US Manufacturing a fortement reculé à 54,1 en décembre vs 59,3 au plus bas depuis novembre 2016. Il reflète cependant une expansion de l’activité mais à un rythme plus lent. Ce recul est construit sur une large base puisque 8 des 10 composants reflètent ce ralentissement. La moitié des entreprises citent les taxes sur le commerce international comme 1er motif d’inquiétude.

L’IHS Markit US Manufacturing PMI recule lui à un plus bas de 15 mois à 53,8 vs 55,3. L’optimisme des chefs d’entreprise est au plus bas depuis octobre 2016, les entrepreneurs étant de plus en plus préoccupés par les conséquences des hausses de taxes commerciales.

Par contre le Rapport mensuel sur l’emploi du Bureau of Labor Statistics/Haver Analytics a été exceptionnel avec plus de 300 000 créations de postes, une augmentation du taux de participation, des heures travaillées et un salaire horaire en hausse de plus de 3% sur un an pour le 3ème mois consécutif/

  1. Création de 312 000 postes et révision des mois d’octobre et novembre de +58 000 postes. En 2018 les créations mensuelles de postes ont été de 220 000/mois après 182 000 en 2017 et 195 000 en 2016.
  2. Un rappel : il faut 120 000 créations de postes par mois pour maintenir le taux de chômage en dessous de 4%.
  3. Le taux de chômage progresse à 3,9% vs 3,7% mais pour une bonne raison : une augmentation de 419 000 personnes de la force de travail. Le sous emploi total, qui inclut toutes les personnes qui pourraient travailler, reste à 7,6% au plus bas depuis 17 ans, alors que le taux de participation progresse à 63,1 vs 62,9 et le taux de participation « prime working age » (25-54 ans) atteint 82,3% et progresse pour la 3ème année consécutive.
  4. Le salaire horaire progresse de 0,4%/mois et de 3,2%/an.

Les PMI asiatiques ont été plutôt rassurants.

Le Caixin China Composite PMI progresse à 52,2 vs 51,9 à un plus haut de 5 mois mais la confiance des répondants reste modérée.

Le Nikkei Japan Manufacturing PMI passe de 52,2 à 52,6 grâce à une hausse de la production et des nouvelles commandes. Si les chefs d’entreprise restent optimistes, leur confiance s’effrite pour le 7ème mois consécutif au plus bas depuis novembre 2016, l’optimisme lié aux jeux olympiques de 2020 est en partie compensé par les craintes de hausses de taxes.

Enfin les Nikkei ASEAN Manufacturing PMI sont stables à 50,3 vs 50,4 avec Vietnam à 53,8, Philippines 53,2, Birmanie 52,5, Indonésie 51,2, Thaïlande 50,3, Malaisie 46,8 et Singapour 46.

Selon EPFR Global, l’Eurozone et la Grande-Bretagne sont maintenant les marchés actions les plus sous pondérés dans les allocations globales ; L’Eurozone n’a pas été autant sous pondérée depuis 2013 et les gérants européens sont de plus en plus négatifs tant sur la croissance économique que sur l’évolution des résultats des entreprises. Merrill Lynch ne voit pas d’amélioration à cette situation avant le T2 2019 où les comparables deviendront plus faciles.

Sur les premiers jours de l’année, le rebond des marchés est significatif, EuroStoxx +1,9% et CAC40 +1,2% alors que la semaine a été marquée par le warning d’Apple qui pénalise l’entreprise et ses fournisseurs mais a aussi accentué l’aversion au risque sur les marchés mondiaux.

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre les commentaires gouvernementaux américains sur la reprise des négociations États-Unis/Chine et le dernier discours de Jerome Powell.

Le secteur Pétrole & Gaz (+4%) affiche la meilleure performance de la semaine sur le Stoxx600 grâce au rebond du prix du Brent (+9,9%), il est suivi par les Banques (+3,6%), les Services Financiers (+2,8%) et les Utilities (+2,6%). A la suite de l’avertissement d’Apple, la Technologie (-1,3%) est le seul secteur en recul avec AMS AG (-20,1%) et STMicroelectronics (-10,8%).

 

Jean-François GILLES

Président du Directoire d’Erasmus Gestion

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