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Point Bourse Hebdomadaire du 30 juillet 2018 : Fort contraste Etats-Unis / Europe

30/07/2018  - Point bourse

 

Alors que la croissance rebondit fortement aux États-Unis, elle fléchit en Europe, est-ce à dire que Donald Trump a eu raison de prendre ses deux décisions les plus controversées : un programme fiscal de fortes réductions d’impôts et la remise en cause des règles du commerce international ? Nous ne le pensons pas, nous craignons même au contraire qu’elles aient provoqué une accélération sporadique et artificielle de la croissance qui sera suivie d’un repli plus prononcé. En effet, ces mesures creusent les déficits budgétaires et commerciaux au moment où les États-Unis perdent leur statut de première économie mondiale. La question est : qui dans 5 ans voudra acheter leurs émissions obligataires ou du moins à quels taux ?

Par contre malheureusement, pour l’Europe le mal est fait et nous craignons qu’il n’y ait encore un peu trop d’optimisme dans les prévisions même revues à la baisse. L’exemple du PIB français est éclairant.

Les données PMI flash Markit pour l’Eurozone signalent un nouveau ralentissement de la croissance dans la zone euro après la reprise passagère observée le mois dernier. Si l’expansion conserve un rythme relativement élevé, l’affaiblissement de la hausse des nouvelles affaires et le repli des perspectives d’activité ne sont pas de bon augure pour les niveaux d’activité futurs.

L’indice flash PMI Markit se replie de 54,9 en juin à 54,3, affichant son 2ème plus faible niveau depuis novembre 2016.

Dans l’industrie manufacturière, le taux de croissance reste inchangé par rapport au plus bas de 19 mois enregistré en juin, dans le secteur des services le taux d’expansion se replie et affiche son 2ème plus faible niveau depuis 18 mois.

Suggérant un nouvel affaiblissement possible de la hausse de l’activité, les données de juillet signalent également une modération de la croissance des ventes. Le taux d’expansion global du volume des nouvelles affaires affiche son plus faible niveau depuis octobre 2016.

Dans l’industrie manufacturière, les répondants signalent la plus faible hausse de leurs carnets de commandes depuis près de deux ans, tandis que dans le secteur des services, le nombre de nouveaux contrats enregistre sa 2ème plus faible augmentation depuis un an et demi.

Le ralentissement observé dans le secteur manufacturier résulte d’un affaiblissement de la croissance des nouvelles commandes à l’export. La demande en provenance des marchés étrangers enregistre sa plus faible progression depuis août 2016.

La moindre hausse des commandes a permis aux entreprises de traiter leurs affaires en cours, aussi l’enquête signale la plus faible accumulation du travail en attente depuis septembre 2016. Cette tendance se répercute sur les décisions d’embauche et la croissance des effectifs ralentit au cours du mois. L’emploi reste toutefois fermement orienté à la hausse, le taux de création de postes demeurant nettement supérieur à sa moyenne de long terme.

Autre signal d’un repli possible de la croissance de l’activité et de l’emploi au cours des prochains mois, la confiance des entreprises quant à leur volume d’activité futur recule à un plus bas de 20 mois.

Les données par pays mettent en évidence une accélération de la croissance en Allemagne qui contraste avec le léger ralentissement observé en France. Dans le reste de la zone euro le taux d’expansion fléchit à un plus bas de 21 mois.

En Allemagne, la croissance du secteur privé rebondit par rapport au creux de 20 mois observé en juin et affiche un plus haut de 5 mois porté par une hausse accrue de la production.

Pour la France aussi l’indice de la production manufacturière se redresse à 5,3 vs 51 en juin, mais il est à 57,9 en Allemagne ! Cependant l’indice flash composite pour la France est au-dessus de 50 pour le 26ème mois consécutif en juillet et reste donc élevé. Pour les prestataires de services français (l’indice est à 55,3) cette tendance reflète une augmentation du volume des nouvelles affaires. Si le taux d’expansion du nombre de nouveaux contrats fléchit légèrement par rapport à juin, il reste toutefois élevé, les répondants attribuant la hausse de leurs ventes à une conjoncture économique favorable et à la coupe du monde de football. Les fabricants signalent également une augmentation de leurs volumes de production. Le taux de croissance se redresse vs juin mais reste modéré et l’un des plus faibles depuis deux ans.

Si le volume des nouvelles commandes aux fabricants augmente, leurs ventes à l’export reculent pour la première fois depuis septembre 2016, les répondants l’expliquant par l’impact des tensions commerciales sur le niveau de la demande.

Les contraintes de capacité persistant, le volume du travail en cours s’accumule pour le 29ème mois consécutif. Cette hausse des affaires en cours repose sur le secteur des services, les fabricants signalant pour la première fois depuis juin 2016 une réduction de leurs arriérés de production.

La hausse de la charge de travail incite les entreprises françaises à recruter pour le 21ème mois consécutif. S’il se replie par rapport à juin, le taux de croissance de l’emploi affiche toujours un niveau nettement supérieur à sa moyenne historique.

Enfin les perspectives restent bien orientées dans le secteur privé français, les entreprises disant anticiper un nouveau renforcement de la demande au cours des prochains mois. Le degré de confiance se redresse par rapport à juin et affiche un niveau élevé.

Parmi les éléments rassurants pour l’Eurozone, il faut signaler le Bank Lending Survey de la BCE. La demande de crédits a augmenté au T2, en particulier celle des ménages et les banques sont plus prêteuses, y compris les banques italiennes.

L’indicateur allemand du climat des affaires IFO de l’université de Munich a reculé marginalement ce mois-ci de 101,8 à 101,7. Les changements sont infimes, un petit mieux pour la situation actuelle et un léger recul pour les perspectives. En termes sectoriels, la construction accélère vivement, les services un petit peu alors que l’industrie et le commerce reculent.

Le moral du consommateur allemand s’est détérioré à l’approche du mois d’août sur fonds de crainte des conséquences d’une guerre commerciale entre l’Europe, les États-Unis et la Chine.

Les dépenses de ménages sont devenues une source abondante de croissance en Allemagne à la faveur d’un chômage au plus bas, d’une sécurité de l’emploi accrue, d’une hausse des salaires réels et de coûts d’emprunts bas. L’institut GfK de Nuremberg a dit jeudi que son indice du sentiment des consommateurs a reculé à 10,6 points vs 10,7 en juin. Les sous indices des anticipations de revenus et de la propension à l’achat ont tous deux reculé dans la même proportion.

En France, l’indicateur de climat des affaires de l’ INSEE reste stable en juillet à un niveau relativement élevé  (106). Par rapport au mois de juin, il est stable dans le bâtiment et les services, il gagne un point dans le commerce de détail et en perd un dans l’industrie, dans chaque secteur il demeure au-dessus de sa moyenne de longue période. Dans les services il faut noter la croissance dans le transport routier (+2 points à 114) et dans l’hébergement-restauration (+2 points à 109), dans les deux nettement au-dessus de leur moyenne.

En juillet le climat de l’emploi fléchit, son indicateur perd deux points à 108, il retrouve son niveau de mai bien au-dessus de sa moyenne de longue période.

L’enquête mensuelle de l’INSEE sur le moral des ménages est stable en juillet. Le solde d’opinion des ménages sur leur situation personnelle future s’améliore légèrement tandis que celui sur leur situation personnelle passée est stable de même que la proportion des ménages estimant qu’il est opportun de faire des achats importants. En effet, le solde d’opinion des ménages sur leur capacité d’épargne future augmente nettement en juillet.

Le PIB français pour le T2 est ressorti à +0,2%, comme au T1, certes l’acquis de croissance à fin 2017 était important mais après ce S1 très médiocre les objectifs affichés pour 2018 deviennent de plus en plus difficiles à atteindre.

 Au contraire, surprise dans le bon sens aux États-Unis avec un PIB du T2 à 4,1% en taux annualisé et 3,1% sur le S1, ces chiffres sont au-dessus des attentes, tirés par un rebond de la consommation, des exportations à un niveau élevé et des investissements solides sauf dans le résidentiel. Les entreprises répondent bien au programme fiscal et la hausse de l’emploi et des revenus disponibles augmentent le moral des consommateurs.

L’IHS Markit flash US PMI reflète la vigueur de l’économie à 55,9 en juillet (vs 56,2 en juin). Les niveaux d’activité sont élevés tant dans le secteur industriel que dans celui des services avec une belle progression des nouvelles commandes, en particulier domestiques. Les créations d’emploi continuent mais à un rythme un peu ralentit du fait du manque de candidats qualifiés. L’optimisme pour les 12 mois à venir augmente et reste au-dessus de son niveau de l’an dernier.

Pour le moment la seule ombre au tableau aux États-Unis est le secteur immobilier avec deux nouveaux mauvais chiffres cette semaine qui font suite au recul des mises en chantier et des demandes de permis de construire du 18 juillet.

Le 23 juillet la fédération nationale des agents immobiliers(NAR) a annoncé que les reventes de logements avaient reculé de 0,6% en juin, 3ème mois consécutif de recul, alors que les prix sont à un niveau record. Le prix médian des maisons est en hausse de 5,2% par rapport à juin 2017 à 276 900$ (236 532€), soit une 76ème hausse consécutive en variation annuelle qui fait craindre que l’inflation des prix, avec l’augmentation des taux hypothécaires , ne freine la demande.

Sur un an, les ventes dans l’immobilier ancien, qui représente environ 90% du marché, ont reculé de 2,2%.

Même topo le 25 juillet, les ventes de logements neufs ont baissé plus que prévu en juin, à un creux de 8 mois, et celles du mois précédent ont été revues en net recul. Elles ont diminué de 5,3% en rythme annualisé selon le Département Américain du Commerce , leur plus faible niveau depuis octobre 2017.

Le prix médian des logements neufs a baissé de 4,2% à 302 100$ (258 369€) en juin par rapport à il y a un an.

 Semaine de hausse sur les marchés, soutenus par l’accord commercial inattendu entre Donald Trump et Jean-Claude Juncker, l’intervention de Mario Draghi et les promesses de relance budgétaire en Chine. Seul Erasmus Mid Cap Euro en a bien profité.

Entre États-Unis et Europe, la divergence des résultats semble se confirmer avec 48% de surprises positives vs 54% en moyenne en Europe alors qu’actuellement, sur les 245 entreprises du S&P500 qui ont publié, 87% ont dégagé un bénéfice meilleur que prévu : il s’agit pour l’instant du ratio le plus élevé depuis le T1 1994.

Le consensus des prévisions bénéficiaires JCF/FactSet sur le Stoxx600 européen attend une progression pour 2018 de 8,1% (vs 8,3% la semaine dernière) et 9,2% (vs 9,1%) pour 2019. Aux États-Unis pour le S&P500 les attentes pour 2018 sont à 18,3% (vs 18,1%) et pour 2019 à 8,6% (vs 8,2%).

Jean-François GILLES

Président du Directoire d'Erasmus Gestion

 



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