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Point Bourse Hebdomadaire du 12 mars 2018 : Soulagement

12/03/2018  - Point bourse

 

La Corée du Nord, ce n’est pas dans nos compétences et nous n’avons pas avis sur les nouvelles de la semaine, mais en matière d’inflation américaine et donc des hausses de taux à venir, oui : le rapport sur l’emploi américain de vendredi a apporté un véritable soulagement largement salué par les marchés et sur lequel nous allons revenir plus en détail.

De même, la BCE, mais s’était là plus attendu, a conforté les investisseurs dans leur attente d’une sortie très progressive de l’assouplissement quantitatif. C’est important car c’est de là que la croissance de la zone euro dépend : un freinage trop brusque serait suivi d’un ralentissement marqué, un accompagnement en douceur pourrait permettre de rester sur un plateau, à un niveau proche du pic actuel.

Car les indicateurs Sentix nous l’ont confirmé cette semaine : la croissance en Eurozone a atteint son sommet. Si la situation actuelle recule peu, à 45,89 vs 49,5, elle reste élevée et encore au niveau de novembre 2017 que nous percevions comme très fort, les perspectives se dégradent davantage, encore positives mais elles ne sont plus qu’à 4,3 vs 15,5 et elles sont devenues négatives pour l’Allemagne (-2,5 vs 5,5) pour la première fois depuis février 2016. Les déclarations protectionnistes du président américain sont très ressenties en Allemagne, grand pays exportateur.

Le bon côté des choses est que cette modération de la croissance à venir enlève de la pression sur la BCE et écarte un arrêt brutal de sa politique expansionniste. C’est un élément rassurant pour les marchés obligataires.

Pour les États-Unis aussi les perspectives se rapprochent de 0, à 0,5 vs 10,8, mais l’Asie ex Japon (9,8 vs 19), l’Amérique Latine (8,8 vs 16,5) et l’Europe Centrale (7,8 vs 15) sont toujours en accélération même si elle est moins vigoureuse que le mois précédent.

La croissance économique de l’Eurozone reste cependant marquée en février, l’indice final PMI IHS Markit composite se replie légèrement à 57,1. En recul par rapport au pic de près de 12 ans enregistré en janvier, il reste cependant largement supérieur à sa moyenne historique (53,0) et signale la 56ème hausse mensuelle consécutive de l’activité dans la région.

Comme le mois dernier, la production manufacturière affiche un rythme de croissance supérieur à celui observé dans le secteur des services. Les deux secteurs continuent de traverser leur meilleure période d’expansion depuis 7 ans, ce malgré un ralentissement des croissances de l’activité et des nouvelles affaires.

Les données par pays indiquent également des taux d’expansion marqués, malgré un repli de la plupart d’entre eux par rapport à janvier. L’Allemagne prend la tête du classement des pays en février, suivie de la France, puis de l’Espagne, seul pays en accélération, de l’Irlande et de l’Italie.

Le degré de confiance des entreprises reste élevé, se maintenant à un niveau proche du plus haut de 8 mois enregistré en janvier. La solidité actuelle de la croissance, conjuguée à ces bonnes perspectives d’activité, favorise de nouvelles créations d’emplois. Les effectifs enregistrent ainsi l’une de leurs plus fortes hausses de ces 7 dernières années. L’emploi progresse dans tous les pays couverts par l’enquête, le rythme des créations de postes s’accélérant en France et en Espagne.

Enfin, les tensions sur les prix restent marquées en février, l’inflation des coûts comme celle des tarifs ralentissant toutefois au cours du mois. Les prix payés et facturés continuent d’augmenter dans tous les pays couverts par l’enquête.

Chris Williamson, chef économiste à IHS Markit commente :

« Si l’économie de la zone euro semble s’essouffler quelque peu après un départ sur les chapeaux de roues au tout début de l’année, il ne faut toutefois pas tirer de conclusions hâtives du repli de l’indice PMI en février. Celui-ci était en effet prévisible au vu des très fortes performances enregistrées le mois dernier, et l’expansion continue d’afficher un rythme soutenu. Les données PMI pour ces deux premiers mois de l’année 2018 restent conformes à une croissance du PIB de l’ordre de 0,8-0,9% au T1, soit sa meilleure croissance trimestrielle depuis 12 ans. »

 Le rapport sur l’emploi américain sur le mois de février était la publication la plus attendue de la semaine. Elle a été un véritable soulagement pour les marchés financiers.

Les créations de postes massives de février, 313 000, les plus élevées depuis 18 mois, auxquelles s’ajoutent des révisions à la hausse de 54 000 postes pour les deux mois précédents, illustrent le fait que l’économie va bien mieux que d’autres rapports d’activité le suggèrent.

Les gains de février sont largement au-dessus des attentes de 200 000, sans doute parce que les conditions climatologiques et une épidémie de grippe en janvier avaient affecté les données. Cela concerne tant les salaires : +0,3% m/m en janvier mais +0,1% en février, que le temps de travail : après un recul à 24 heures hebdomadaires en janvier, retour à 34,5 heures.

L’amélioration de l’emploi est générale : elle concerne le commerce de détail (+50 300), la construction (+61 000), l’industrie (+31 000), les services (+50 000) ou la fonction publique (+26 000) et la moyenne sur 6 mois atteint 205 000. Pour rappel il faut 90 000 créations de postes par mois pour une stabilisation du chômage.

Si le taux de chômage est stable à 4,1%, c’est parce que la force de travail a augmenté de 806 000 et le taux de participation a rebondi à un plus haut de 5 mois à 63% vs 62,7% en janvier. Cet élément est très important pour la Fed.

Plus important encore, l’évolution des salaires. En janvier celle-ci avait inquiété : de 2,3% sur un an en octobre 2017, elle avait bondi à 2,9% ce qui avait fait craindre un retour de l’inflation salariale ; en février retour à 2,6% ! On voit là aussi que les conditions météorologiques et l’épidémie de janvier avaient perturbé les statistiques, les 2,9% de janvier étaient une anomalie.

Cela n’écarte pas pour autant la possibilité de 4 hausses de taux par la Fed cette année : le Beige Book relève des difficultés le recrutement dans de nombreux secteurs et de nombreuses régions. Mais celles-ci pourraient se réaliser, et dès ce mois de mars, dans des conditions moins stressantes pour les marchés.

La balance commerciale de janvier est venue apportée de l’eau au moulin du président Trump. Le déficit américain s’établit à un plus haut de 9 ans à 56,6 milliards $, il pèsera sur la croissance du T1. Les exportations américaines de biens reculent encore, elles sont stables sur trois ans alors que les importations de biens ont progressé de 15%. Par contre l’excédent de la balance des services est stable à 20 milliards$.

 Il est intéressant de noter que rapport de la BCE conforte les analyses de Mr Trump mais ce sont les décisions du président américain qui sont la cause de cette aggravation du déficit des Etats-Unis. On ne regarde jamais assez la décomposition des prévisions : lors de son meeting des 7 et 8 mars, la BCE a présenté ses nouvelles prévisions de croissance et d’inflation avec peu de changements. La croissance 2018 est révisée de 2,3% à 2,4% alors que 2019 et 2020 sont inchangés respectivement à 1,9% et 1,7% ; l’inflation est inchangée pour 2018 à 1,4% et 2020 à 1,7%, elle est abaissée de 1,5% à 1,4% pour 2019. Mais le diable est dans les détails : les prévisions d’excédent des comptes courants de l’Eurozone ont été fortement révisées à la hausse pour 2018, 2019 et 2020, reflétant une croissance américaine plus forte causée par le programme fiscal proposé par le président américain et voté par les chambres fin décembre. Les économistes de la BCE ont revu l’excédent des comptes courants pour les trois années de 2,8% du PIB à 4,2% pour 2018, 4,3% pour 2019 et 4,5% pour 2020 : c’est considérable. Pour les économistes de la BCE il est clair que ce programme dope l’excédent de l’Eurozone et, même s’ils ne peuvent pas l’écrire, creuse le déficit américain.

Pour le reste, les membres du conseil de la banque centrale européenne ont, comme attendu, décidé de retirer du communiqué de leur réunion la mention par laquelle ils se réservaient jusqu’à présent la possibilité de réaugmenter leur programme d’achats d’actifs, décision prise à l’unanimité.

Mario Draghi a indiqué que les opinions des membres du conseil de la BCE sur les perspectives d’inflation n’étaient pas homogènes, avec beaucoup de discussions sur les capacités de production non utilisées ; aussi, devant cette incertitude, Mr Draghi continue à penser que la BCE doit être réactive et non proactive. Autrement dit, la BCE n’entamera pas un mouvement vers une politique restrictive tant que le retour de l’inflation ne sera pas patent. Cela convient fort bien aux marchés !

 Nous sommes maintenant très avancés dans les publications des comptes 2017. 181 entreprises de l’Eurostoxx ont publié leurs chiffres d’affaires : 68% sont en ligne avec les attentes et nous avons 20% de bonnes surprises et 12% de mauvaises surprises. C’est mieux pour les résultats sur 138 publications : 8% sont en ligne, 54% de bonnes surprises et 38% de mauvaises (Bloomberg).

Selon EPFR Global, dans le climat d’incertitudes alimenté par les velléités protectionnistes de la Maison Blanche et le changement de régime des politiques monétaires, les fonds monétaires ont fait le plein dans la semaine au 7 mars. Les fonds actions ont enregistré des sorties de 400 millions$ et les fonds obligataires des rachats nets de 100 millions $. En revanche, les fonds monétaires ont engrangé un peu plus de 20,4 milliards$ sur la période portant leur collecte sur les 6 derniers mois à 260 milliards$ pour un encours total de 2 900 milliards$ au plus haut depuis 2010.

Au sein des fonds actions, ceux dédiés aux valeurs américaines ont subi des rachats massifs, à hauteur de 10,3 milliards$ alors que les fonds en actions japonaises ont bénéficié de souscriptions nettes pour une 14ème semaine consécutive et à hauteur de 4,1 milliards$. La collecte nette sur les fonds en actions européennes n’a été que de 100 millions $ tandis qu’elle a atteint 800 millions$ sur les fonds en actions émergentes.

Parmi les fonds obligataires, ceux dédiés aux obligations à haut rendement continuent de se distinguer avec des sorties nettes pour la 8ème semaine consécutive, à hauteur de 3,1 milliards$.

Les fonds dédiés aux métaux précieux enregistrent des flux réduits avec 400 millions$ de souscriptions.

Nos fonds ont profité cette semaine du fort rebond des marchés, ils sont tous autour de l’équilibre depuis le début de l’année sauf Erasmus Mid Cap Euro qui est positif de 1,64%. Deux mouvements à signaler : pour Mid Cap justement Frédéric Redel a cédé le semencier Vilmorin et pour Erasmus Small Cap Euro Nelly Davies a vendu Cegedim, SSII française spécialiste du secteur de la santé.

Cette semaine le consensus des prévisions bénéficiaires JCF/Factset sur le Stoxx600 européen varie de -0,2% sur 2017 et de -0,4% sur 2018. La croissance annuelle est attendue à +28,3% pour 2017 et à +7,6% pour 2018. Pas de variations pour les prévisions sur le S&P500 américain, les attentes sont toujours à +11,2% pour 2017 et +16,6% pour 2018.

 Jean-François GILLES

Président du Directoire d'Erasmus Gestion



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